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Dis-moi où tu vis et je te dirai si ta santé est en péril

Mardi, 14 novembre 2017

Nous ne sommes pas égaux devant la maladie. Les conditions sociales jouent notamment un rôle, et donc le lieu d’habitation

En matière de risques de contracter certaines maladies, il n’est pas indifférent d’habiter à Champel ou dans un quartier populaire de la Rive droite. Pas forcément parce que l’environnement y serait plus ou moins sain, mais principalement parce que les niveaux de revenu des gens sont très différents.
Telle est, dans les grandes lignes, la conclusion à tirer de la conférence donnée il y a quelques jours par le professeur Idris Guessous. Études à l’appui, le responsable de l’Unité d’épidémiologie populationnelle des HUG, également actif au Centre hospitalier universitaire vaudois, a démontré l’importance de ce que les spécialistes appellent les déterminants sociaux de la santé

Le revenu, facteur clé

Organisé par le Mouvement populaire des familles (MPF), un cycle de cinq ateliers est proposé cette année sur le thème «La santé, un droit, l’affaire de tous!»*. Le professeur Guessous est intervenu dans le cadre de celui qui traitait du thème de l’(in)égalité devant la santé. Les données et les explications fournies à cette occasion ne font que conforter cette organisation qui œuvre depuis septante-cinq ans pour améliorer le sort des familles.
«Pour un mouvement comme le nôtre, il est essentiel de disposer d’informations de ce type pour avancer nos revendications, explique Jean Blanchard, secrétaire général du MPF. Le constat est clair: si on veut améliorer la santé de la population, il faut agir sur les conditions sociales.»
Le professeur Guessous a présenté les résultats de recherches menées à Genève sur le renoncement à des soins de santé et sur la prévalence du diabète. Dans tous les cas, c’est le facteur du revenu qui explique le mieux les différences. «C’est linéaire, poursuit Jean Blanchard. Moins vous gagnez, plus le nombre de diabétiques augmente. Ce n’est pas principalement lié au sexe, à la nationalité ou à un autre déterminant. C’est le revenu qui fait réellement la différence.»
En matière de diabète, si vous gagnez plus de 9500 francs par mois dans votre ménage, votre risque d’avoir le diabète est de 5%, a révélé une étude du Bus Santé des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Si le revenu est en dessous de 5000 francs, le risque passe à 10%. Il est donc multiplié par deux.

Soins dentaires sacrifiés

Il en va de même avec les taux de dépistage du cancer du côlon et du cancer du sein en fonction des ressources financières. Mais ce sont les résultats des sondages sur le renoncement aux soins pour des raisons économiques – réalisés à Genève par le Dr Guessous et son équipe – qui sont les plus frappants. Dans les ménages qui disposent de moins de 3000 francs, ils sont 30% à être dans ce cas. En moyenne, cela ne concerne que 13% des adultes. Pour les très hauts revenus, les renoncements sont, logiquement, très peu nombreux.
Sans surprise, ce sont aux soins dentaires (non remboursés par l’assurance de base) que renoncent le plus fréquemment les gens. Viennent ensuite les consultations médicales et les dispositifs médicaux (lunettes, appareils auditifs par exemple).

Un problème collectif

Le plus inquiétant, c’est que le pourcentage de renoncement à des soins a augmenté entre 2007 et 2010. Mais pratiquement uniquement pour les plus bas revenus. Une évolution qui semble indiquer une dégradation de la situation financière des moins bien lotis au fil des ans.
«L’un de nos objectifs en proposant ces ateliers est de déculpabiliser les gens sur leur état de santé, conclut Jean Blanchard. Les recherches scientifiques démontrent que ce n’est fondamentalement pas un problème individuel mais de société. On peut certes demander à chacun un effort. Cela changera peu tant qu’on ne modifiera pas les conditions de vie des moins aisés.»
* Le prochain atelier traitera des nouvelles technologies et de la santé du futur. Le conférencier sera le Dr Bertrand Kiefer. La rencontre se déroulera le mercredi 14 novembre dès 20 h à la Maison des associations (15, rue des Savoises).
Eric Budry

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