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Les coûts de la santé nous asphyxient

Mardi, 14 novembre 2017

L’Editorial

Commençons par le positif: notre système de soins est de grande qualité. Seulement voilà! Le mécanisme de financement de ce beau paquebot se grippe de plus en plus. L’augmentation continue des primes d’assurance-maladie depuis vingt ans asphyxie peu à peu la classe moyenne. Une catégorie de la population trop aisée pour recevoir des aides publiques mais pas assez riche pour que cela soit indolore.
Aujourd’hui, à Genève, des foyers consacrent 15 à 25% de leur revenu pour bénéficier de la couverture santé de base. Ce n’est ni vivable ni viable. Dans ce contexte, il n’est guère surprenant que la gauche genevoise ait décidé de lancer une initiative populaire plafonnant l’effort financier pour payer les primes à 10% du revenu déterminant.
Cela revient au fond à financer une partie des coûts par le biais de l’impôt, une manière détournée de fixer en fonction du revenu le montant d’une partie de la prime. Une solution de gauche que la Suisse a, jusque-là, écartée. Avec une conséquence: l’Helvète paie de sa poche 30,5% des dépenses de santé, contre 7,3% pour la France ou 19,2% pour la moyenne de l’OCDE.
Il s’agit donc d’un rééquilibrage. Le hic, c’est qu’il a lieu seulement au niveau cantonal. Un défaut que l’Alternative reconnaît et déplore. Mais, disent les initiants, ce serait temporaire, «en attendant une refonte complète du système». Sans surprise, le débat politique va très vite se focaliser sur le coût de l’opération: 254 millions de francs par an. Une somme à laquelle il faut ajouter les près de 400 millions que Genève débourse aujourd’hui en subsides et en paiement de primes des assurés en faillite. Des sommes qui donnent le vertige mais disent aussi à quel point le système est malade. La question centrale aujourd’hui est donc celle-ci: qui doit payer la facture des coûts de la santé et dans quelle proportion?
Eric Budry

 

L’Alternative veut plafonner les primes à 10% du revenu

L’initiative lancée par la gauche coûterait par an 254 millions à l’État. La preuve, selon elle, que le système est à bout de souffle

Les trois partis de l’Alternative – le Parti socialiste, les Verts et Ensemble à Gauche – vont lancer cette semaine une initiative populaire cantonale. Elle propose une aide financière de l’État dès que le montant payé par un ménage pour ses primes d’assurance-maladie dépasse 10% de son revenu déterminant unifié (RDU). La mesure s’appliquerait à des dizaines de milliers de Genevois. Selon une estimation, le surcoût engendré pour le Canton serait de 254 millions de francs par an.
«La hausse, année après année, des primes pèse d’une manière qui devient insupportable sur le budget des ménages, commente Carole-Anne Kast, présidente du PS. Même si nous plaidons tous pour une refonte totale du système au niveau fédéral, il nous semble indispensable d’agir maintenant au niveau cantonal.»

La cible: la classe moyenne

Nicolas Walder, président des Verts, enfonce le clou: «Notre système de financement de la santé est en bout de course. Ce que demande notre initiative est simple. Les Genevois ne devraient pas payer plus de 10% de leur revenu pour l’assurance-maladie. Cela ne concernera ni les pauvres, qui sont heureusement déjà aidés, ni les personnes aisées qui, elles, ne consacrent pas 10% de ce qu’elles gagnent pour leur santé. C’est la classe moyenne qui en profitera, alors qu’aujourd’hui elle subit de plein fouet chaque augmentation des primes sans recevoir aucune aide publique.»
Selon Jocelyne Haller, d’Ensemble à Gauche, l’initiative prend le contre-pied de la politique menée actuellement par le Conseil d’État avec l’appui de la majorité de droite du Grand Conseil. «La tendance est plutôt à la diminution des aides du Canton, poursuit-elle. Par exemple, la suppression en 2018 du subside de 30 francs, que nous allons combattre au Grand Conseil. De plus en plus de personnes ne parviennent plus à payer leurs primes et finissent aux poursuites.»
Selon une étude des HUG, 5% des Genevois seraient incapables de payer leurs primes au moins une fois dans l’année (lire en page 15 l’article sur le renoncement aux soins). Le coût pour l’État des assurés débiteurs devient du reste astronomique. En 2018, le conseiller d’État Mauro Poggia a estimé qu’il faudra débourser 50,7 millions de francs.

De la colère dans la rue

Les trois partis de gauche annoncent également qu’ils seront présents à la manifestation organisée samedi sur ce thème par un groupe de citoyens. Baptisé «Lutte contre l’augmentation des primes d’assurance-maladie», ce mouvement fondé par deux mères de famille sans affiliation politique a en effet annoncé hier qu’il invitait la population à venir défiler. Le cortège partira à 14 heures de la zone piétonne de la rue du Mont-Blanc.
Pour Thierry Apothéloz, conseiller administratif socialiste de Vernier, le ras-le-bol des habitants n’est pas une surprise: «À l’époque de la création de la Loi sur l’assurance-maladie (LAMal), le Conseil fédéral s’était engagé à ce que le montant des primes n’excède pas 8% du revenu des Suisses. À Genève, en 2016, il oscillait entre 10 et 20%, voire bien davantage pour certaines familles.» Et rien n’indique que nous allons vers des jours meilleurs.
Eric Budry

 

Ensemble à Gauche part en campagne
 

 

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