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À la Clinique de Crans-Montana, «les patients ne sont pas des numéros»

Samedi-dimanche 2-3 décembre 2017

Antenne genevoise en Valais, l’ancien sanatorium prend en charge le patient dans sa globalité. Avec un objectif: lui faire retrouver plaisir et autonomie

Dans un système de santé bousculé par la pression des coûts et les avancées de la technologie – où l’on parle de remplacer les médecins par des machines – la Clinique genevoise de Crans-Montana apparaît comme un havre un peu hors du temps. À l’abri de la trépidation de la ville et de la mécanique impersonnelle du grand hôpital. Ici, «le patient n’est pas un numéro», déclare en nous accueillant la Dre Simona Mateiciuc, médecin responsable de la clinique genevoise du Valais. Vraiment? Après une visite des lieux et selon des témoignages de patients qui apprécient ce séjour particulier en altitude, il semble que oui.
Dans ce lieu protégé, on vient regagner une autonomie perdue après une opération ou en raison d’une maladie chronique difficile, une dépression, une dépendance à l’alcool… Quel que soit le motif qui les conduit ici, les patients ont un point commun: tous ont besoin d’une remise en forme avant de pouvoir retourner vivre chez eux.
Cette réhabilitation ne relève pas que de la médecine. Elle tient compte des aspects psychologiques, sociaux, professionnels et environnementaux. Les médecins s’allient aux infirmières, physiothérapeutes, psychologues, diététiciennes pour comprendre l’ensemble des besoins spécifiques du patient et décider des soins dont il pourra le mieux bénéficier.

Pas une mais des maladies

Toute la difficulté vient du fait que les patients ne présentent, le plus souvent, pas une mais plusieurs pathologies. A une ou deux maladies chroniques – que ce soit le diabète, une maladie pulmonaire ou cardiaque – peut s’ajouter un trouble psychique, détaille la Dre Mateiciuc. Elle cite l’exemple d’une dépression se greffant sur une pathologie respiratoire. «Il est épuisant de ne plus arriver à bien respirer. C’est aussi très angoissant. Si le patient est déprimé et qu’il arrête de prendre son traitement, cela aggravera sa pathologie, puis son moral…» Pour sortir des cercles vicieux psychosomatiques, les soignants s’intéressent donc à «la personne entière: son vécu, ses ressources, ses croyances, sa culture, ses compétences personnelles. Nous prenons en compte tous ces aspects.»
Comment? Le premier jour, une rencontre avec une infirmière et un médecin vise à mettre sur pied un programme adapté. Avec des passages obligés: «Tous les patients ont besoin de physiothérapie, note la responsable de ce secteur, Dominique Moray. Une anamnèse ciblée tient compte de leurs souhaits et de ce qui est réalisable. Puis on organise 5 à 6 séances par semaine.» Dans la salle d’entraînement, ils accèdent librement à des vélos, un tapis roulant, un leg press, un elliptique, un rameur, un «abdominal crunch»… Un équipement qui peut rivaliser avec celui des meilleures salles de fitness. Une grande salle de gymnastique et des cabines individuelles complètent le dispositif. Des activités extérieures sont également proposées. Nordic walking, ski de fond, raquettes, parcours «vita», badminton en été… «Il y a beaucoup de créativité et de diversité», relève la physiothérapeute.

Renouer avec le plaisir

Après les efforts physiques vient la récompense. La détente est offerte par des massages, du fango ou un passage sur le lit de flottaison – un matelas rempli d’eau chaude, dont les remous agissent comme un doux massage. La relaxation a toute sa place dans la réhabilitation. Elle peut aussi passer par des activités d’art-thérapie et de musicothérapie. «Nous travaillons beaucoup sur l’idée de plaisir. Souvent, les patients n’en ont plus du tout. Nous essayons de le leur faire retrouver», ajoute Dominique Moray.
Dans ce cheminement, l’assiette joue également un rôle important. Les deux diététiciennes de la clinique évaluent les besoins, posent un diagnostic nutritionnel puis fixent des objectifs ajustés à chaque patient. Le suivi peut être individuel ou collectif. Certaines personnes arrivent dénutries, d’autres souffrent de troubles alimentaires, de difficultés de déglutition ou de diabète. «Plutôt que d’imposer des régimes, nous proposons au patient d’observer son comportement, de se demander simplement s’il a faim avant de manger et de noter tout cela dans un carnet», explique Gabrielle Emery, diététicienne.
«Ici, on ne dit pas aux gens de manger cinq fruits et légumes par jour, poursuit la jeune femme. On ne fait pas de diététique au sens strict. Nous demandons au patient d’estimer ce qui, selon lui, plaide en faveur d’un changement d’alimentation et ce qui le rebute.» Cette approche douce ne va pas de soi: parfois les patients tiennent absolument à maigrir. «On essaie de leur expliquer que s’ils arrivent à stabiliser leur poids, c’est déjà bien. Perdre 5 kilos en trois semaines revient à se dénutrir.»

Changer ses habitudes

De manière générale, les professionnels de Montana cherchent à convaincre les patients de changer leurs habitudes, sans se priver ni se contraindre, de manière à ce qu’ils aient envie de poursuivre l’effort à la maison.
Les groupes d’enseignement thérapeutique sont un moyen d’y parvenir. Cette méthode consiste à donner à chacun les connaissances et les méthodes nécessaires pour prendre en charge sa maladie. Ce vendredi de novembre, le «groupe diabète» réunit l’infirmière Gwenaelle Guillaume et quatre patients – trois hommes et une femme – diabétiques. Loin du cours ex cathedra, l’échange, autour d’une table ronde, s’apparente plutôt à une conversation au cours de laquelle l’infirmière demande à ses interlocuteurs ce que chacun sait de la maladie. Puis elle évoque la perte de sensibilité des pieds, l’une des conséquences possibles du diabète. Le dialogue engagé, elle explique l’importance d’adopter des soins réguliers et une hygiène rigoureuse. Elle glisse des conseils pour appliquer ces soins au quotidien.
«J’ai appris plein de choses, je ne savais pas que l’on pouvait avoir des problèmes de pied quand on est diabétique. L’une des qualités, ici, c’est cette prise en charge totale», salue un patient. «C’est la première fois que j’entends tout cela! Mon médecin m’a donné des médicaments mais ne m’a rien dit d’autre», renchérit le second.

Un tremplin

«Il s’agit de faire voir le séjour à Montana non comme une parenthèse mais comme un tremplin», enchaîne la psychologue Isabelle Cordonier. Son équipe accompagne les patients durant le séjour, avec une approche particulière. «Ici, on ne fait pas de psychanalyse. On se concentre sur l’instant présent, en essayant de fixer des objectifs spécifiques, mesurables, applicables et réalistes dans le temps donné.» Les groupes de parole aident beaucoup, «l’échange avec les pairs est important, voire nécessaire. Un patient peut dire des choses qu’un soignant ne pourrait exprimer», relève la thérapeute.
Les trois psychologues pratiquent la «salutogenèse», le fait de se reconnecter et de se concentrer sur ce qui est sain en soi. «Les gens ont tous des compétences. On leur en fait prendre conscience, en soulignant ce qui va bien et ce qu’ils sont capables de faire. Même si ce sont de petites choses, comme d’être capable d’aller seul à la physiothérapie.»
Sophie Davaris

 

«Pas une simple convalescence»

 

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