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Des enseignants s’inquiètentdu nombre de certificats médicaux

Samedi-dimanche 2-3 septembre 2017

Au secondaire, des maîtres dénoncent le taux d’absentéisme et une surcharge de travail. Une «extrapolation» pour le DIP

«Depuis plusieurs années, nous constatons une inflation du nombre de certificats médicaux dans les écoles du secondaire II. Cela diminue les chances de réussite des élèves et entraîne une charge de travail pour les maîtres et l’administration.» L’Union du corps enseignant secondaire genevois (Ucesg) dénonce une situation problématique et demande au Département de l’instruction publique (DIP) de réagir.
Le règlement stipule que toute absence d’un élève à un examen nécessite d’être excusée par un certificat médical (CM). Ce document est également exigé lorsqu’une absence pour raison de maladie dure plus de trois jours. «Depuis la rentrée, une école de commerce du canton a déjà enregistré pas moins de 511 certificats médicaux. C’est un vrai problème», rapporte Jean-Pierre Martinet, membre du bureau de l’Union. «Et l’an passé, à l’École de commerce et Collège Émilie-Gourd, il y a eu 147 CM enregistrés pour la seule session des épreuves semestrielles, sur 900 élèves évalués!» ajoute son collègue Jacques Bastianelli. Les deux maîtres ne s’expliquent pas cette hausse. Tout au plus avancent-ils des hypothèses. «Peut-être parce que la société est devenue davantage procédurière et que l’on brandit des CM pour excuser une simple absence comme pour contester un redoublement, imaginent-ils. Ou que les élèves sont plus médicalisés, que l’accès aux médecins est plus facile qu’il y a dix ans.»

Le samedi pour dissuader

L’Union indique que pour endiguer ce mouvement, des écoles organisent les sessions de rattrapage le samedi matin au lieu du mercredi après-midi. «Ce sera bientôt le cas à Émilie-Gourd. Le résultat escompté est un effet dissuasif, c’est plus contraignant de venir le week-end!»
Mais ces mesures isolées ne suffisent pas et le syndicat demande au DIP de trouver des solutions globales pour freiner la prolifération, qui menace directement les élèves. «Le taux d’absentéisme augmente, ce qui a pour conséquence de diminuer les chances de réussite», résume Jean-Pierre Martinet. Qui ajoute: «Il s’écoule parfois plusieurs semaines avant qu’une session de rattrapage ne puisse être organisée. L’élève aura oublié la matière, voire aura eu un autre test entre-temps.» L’Union soutient encore que la vérification de la validité des CM et l’organisation des rattrapages entraînent une surcharge de travail et des coûts supplémentaires.
Elle souhaite que le DIP organise une rencontre entre sa direction générale et l’Association des médecins de Genève (AMG). «Il faut que les médecins soient davantage sensibilisés, pour délivrer des certificats médicaux avec plus de parcimonie.» Car le syndicat pointe l’existence de documents de complaisance. «Certains nous interpellent, rapporte Jacques Bastianelli. Comme le mot de ce docteur qui certifie «qu’après consultation téléphonique, l’élève était dans l’impossibilité de passer son examen la semaine dernière». Ou encore ce certificat d’une gynécologue pour excuser l’absence d’un garçon qui n’était autre que son fils. «Je l’ai montré au doyen, on m’a répondu que légalement rien n’empêche un médecin de faire une anamnèse sur son enfant.»
L’AMG est sensible à la question des CM. Elle a notamment publié, en 2015, une lettre d’information sur le sujet. «Le nombre croissant de CM fournis par les élèves ces dernières années, leur nature et le contexte dans lequel ils sont produits contribuent à créer un climat de méfiance dans le lien écolier-famille-médecin. Il apparaît donc essentiel de remettre un cadre à cette pratique.»

«Problème pris en main»

Du côté du DIP en revanche, on qualifie le sujet de «thème qui n’a pas la gravité qu’on semble lui prêter». «Tout d’abord, nous sommes en contact avec l’AMG depuis longtemps, précise Sylvain Rudaz, directeur général du secondaire II. Ensuite, il y a toujours eu des CM et leur nombre suit l’augmentation de la population d’élèves. C’est une problématique qui a été prise en main. Nous avons affaire ici à une extrapolation généralisante de quelques cas très rares: nous recevons moins de dix demandes de contrôle par année!» Aux chiffres de l’Union, il oppose des doutes. «Car nous ne tenons pas de statistiques sur les CM en raison de la protection des données.» Comment cette problématique a-t-elle été «prise en main»? «Nous avons notamment précisé le règlement en ajoutant, en 2016, un alinéa qui stipule que lorsqu’un maître peut raisonnablement considérer qu’un certificat a été délivré à tort, il peut ne pas le prendre en compte, en concertation avec sa direction. Cela lui donne une autonomie d’appréciation plus étendue qu’avant, où une analyse par la direction générale était indispensable.»
Enfin, le directeur général conteste le travail et les coûts supplémentaires. «La charge de travail est ressentie mais non réelle: le maître a pour tâche de collecter les documents, non de les analyser. En cas de doute sur l’un, il le transmet au doyen, cela fait partie de son cahier des charges. À lui ensuite d’alerter la direction générale, qui peut solliciter l’appui du Service de santé de la jeunesse pour évaluer sa validité.»
Aurélie Toninato

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