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Les démences affectent toutes les dimensions de la mémoire

Dimanche, 3 décembre 2017

Neurologie Avec l’âge, les excès (d’alcool, de tabac, de graisse) ou les aléas de la vie, la mémoire peut subir diverses pathologies. Bien les connaître permet une prise en charge plus précoce et spécifique.

Au fil des ans, la mémoire capte, enregistre et stocke la trace des événements qui structurent l’existence. Mécanisme complexe, la mémorisation d’un épisode se fait en plusieurs étapes. Tout d’abord, en une fraction de seconde, nous percevons un son, un mot, un objet sur lequel se pose le regard. Ensuite, la mémoire à court terme nous permet de retenir des données dans un ordre bien précis. Finalement, la mémoire à long terme conserve certains événements pour une durée potentiellement illimitée.
D’après le critique musical Bernard Zuel, c’est en particulier la mémoire «immédiate» qui semblait faire défaut au musicien Malcolm Young, cofondateur d’AC/DC atteint de démence depuis quelques années et mort le mois dernier. Une déclaration à ne pas prendre à la lettre, selon les spécialistes. «Il y a souvent un mélange au niveau de la nomenclature, remarque le Pr Christophe Büla, chef du service de gériatrie au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Dans ce cas, on veut sans doute faire référence à la mémoire à court terme.» Dotée d’une grande précision, la mémoire à court terme, associée à la mémoire de travail, permet de garder le fil du quotidien. Grâce à elle, chacun est ainsi capable de répéter un numéro de téléphone, de se souvenir du grammage indiqué sur la recette que l’on vient de lire ou tout simplement de suivre une discussion. Si sa durée d’action est limitée et éphémère (une trentaine de secondes), elle est d’une excellente fiabilité et permet de préserver l’information de manière efficace.

Un problème plus large

Selon le Pr Jean-François Démonet, neurologue et directeur du Centre Leenaards de la Mémoire au CHUV, il est pourtant impossible que Malcolm Young ait uniquement été touché au niveau de sa mémoire à court terme. «La démence, par définition, concerne une dégradation générale de la mémoire.» C’est donc probablement le ressenti des proches du guitariste d’AC/DC qui a suscité une telle déclaration. «Quand une démence commence à se développer, les gens se plaignent souvent d’une difficulté à enregistrer les événements de la vie quotidienne, ajoute le spécialiste. En temps normal, ces épisodes s’inscrivent dans la mémoire. Mais avec une démence, il faut énormément se concentrer pour s’en rappeler.» Les proches du musicien ont sans doute été marqués par ses difficultés à se souvenir des événements récents, d’où l’emploi du terme de mémoire «immédiate».

Des pathologies multiples

Le type d’atteinte peut cependant varier en fonction de la pathologie démentielle. «Avec la maladie d’Alzheimer, par exemple, on peut initialement rester capable de répéter un numéro de téléphone, constate le Pr Büla. En revanche, on ne peut pas le mettre en stock, et on est donc incapable de mémoriser un événement récent. Une personne atteinte d’un autre type de démence, par exemple celle liée à la maladie de Parkinson, peut par contre stocker une information mais aura de la peine à aller la rechercher sans qu’on lui donne un indice.»
Une consommation abusive d’alcool peut également entraîner des troubles très sévères de la mémoire épisodique. Le syndrome de Korsakoff, notamment, amène les personnes touchées à oublier et transformer des pans entiers de leurs vies, tout en effaçant au fur et à mesure les nouvelles informations qui se présentent à eux.
Selon les médias australiens, c’est cependant un accident cardio-vasculaire (AVC) qui serait à l’origine des troubles de mémoire de Malcolm Young. Un saignement cérébral peut en effet provoquer des lésions irréversibles. «Certaines personnes subissent de petits AVC subtils, subits et répétés, qu’on ne remarque pas forcément mais qui altèrent au fur et à mesure les capacités cognitives, détaille le Pr Büla. Ces petites lésions sont souvent cumulées à une maladie dégénérative. Il peut également arriver qu’un important saignement dans une zone stratégique de la mémoire, comme l’hippocampe ou les amygdales, provoque des pertes irréversibles.»

Détection de signes annonciateurs

À l’heure actuelle, il n’existe aucun traitement capable de guérir une démence. En revanche, des techniques permettent de détecter la maladie de manière précoce. «Certaines études montrent qu’il y a parfois des indicateurs de démence dans le cerveau d’une personne vingt ans avant que la maladie ne montre de signes cliniques, relève le Pr Démonet. Or nous sommes aujourd’hui capables de détecter certains de ces signes à l’aide de biomarqueurs. Il s’agit par exemple d’analyser le liquide céphalorachidien ou l’imagerie cérébrale d’un patient.»
Pour le spécialiste, il ne fait donc aucun doute que les solutions thérapeutiques à venir passeront par la prévention. En détectant le plus tôt possible la probabilité de développer une maladie démentielle, il sera possible de la prévenir complètement ou au moins de stopper son évolution à un stade précoce. D’ici là, il reste important d’agir au préalable sur les facteurs de risque, dont l’hypertension, le surplus de cholestérol, l’inactivité, l’obésité ou encore la consommation de tabac. Identifier la maladie suffisamment tôt permet également à la personne et à ses proches de planifier l’évolution de la maladie et d’organiser l’aide nécessaire.
Aude Raimondi

 

Peut-on mourir d’une démence?

Détecter les troubles de la mémoire pathologiques

– Le caractère évolutif: une aggravation des troubles au fil des mois doit alerter.
– L’inquiétude de l’entourage: les proches, pour autant qu’ils soient bienveillants et de bonne volonté, sont souvent de meilleurs juges pour observer les éventuels dysfonctionnements de la mémoire.
– Des plages de vie «entièrement blanches»: s’il ne reste aucun souvenir de certains événements, cela doit inquiéter.
– Perte des repères dans des lieux connus.
– Mots introuvables: avec l’âge, les noms propres donnent souvent du fil à retordre, ce qui n’est pas forcément inquiétant. En revanche, il est plus anormal d’oublier les noms communs du quotidien.
– Pertes importantes et répétées d’objets, d’argent, etc.
– Tâches administratives en panne: les troubles de la mémoire peuvent se traduire par des erreurs et une confusion, rendant tout calcul ou travail administratif laborieux.

Ces recommandations sont issues du livre «J’ai envie de comprendre la mémoire et ses troubles», de Laetitia Grimaldi, Jean-François Démonet et Andrea Brioschi Guevara, Éd. Planète Santé, 2015.

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