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L’Indépendance financière du médecin, garant de la qualité des soins (édito de La Lettre de l’AMGe de décembre 2017)

L’évolution du monde de la santé de ces dernières années a pour cible, de manière plus ou moins frontale, l’indépendance financière des médecins

Alors que la LAMal avait déjà donné aux assureurs en 1996 les clés du contrôle de notre facturation, la mise en place en 2004 du Tarmed, tarif de plus en plus régi par le rationnement du temps accordé aux patients, a sonné le glas de la souplesse de nos prises en charge qu’imposerait pourtant tout rapport humain. Et les propositions parlementaires actuelles (budget global annuel imposé, fin de l’obligation de contracter, nouvelles moutures de réseau obligatoire, interdiction aux jeunes médecins de s’installer dans les deux ans qui suivent la fin de leur formation postgrade, etc.) vont toutes dans le sens d’une volonté manifeste de confiscation de notre liberté de travail. Nos «partenaires» ont bien compris les enjeux de cette mainmise sur notre pratique médicale et cherchent donc à limiter nos possibilités de choix, y compris thérapeutiques. Les assureurs voudraient que ne soient remboursés que les médecins (soit-disant) les meilleurs marchés. L’Etat voudrait contrôler nos salaires même dans les hôpitaux privés (Vaud) ou tente de mettre en place des DRG privés (forfaits par pathologie) pour les patients privés dans les hôpitaux publics (Genève). Certains groupes médicaux surveillent leurs membres et leur imposent, par exemple, les traitements applicables. Quant aux cliniques privées, elles tentent de salarier leurs médecins, pour ne citer que quelques exemples survenus récemment.

Sera-t-il alors encore possible de conserver un cabinet solitaire «à la grand papa»? Conséquence, entre autres, des manœuvres évoquées ci-dessus, ce modèle est battu en brèche et il semblerait (sous pression mise par les diktats de cette «grand messe»?) qu’une partie de la jeune génération n’en veut plus. Cette dernière ne doit cependant pas oublier que celui qui possède le contrôle financier a les cartes en main et qu’un salarié a beaucoup plus de peine à faire entendre sa voix et ce, dans tous les domaines de sa pratique professionnelle. Le médecin est et doit rester le défenseur de la santé du patient au moyen d’une médecine de qualité. Cette notion est actuellement galvaudée et chacun l’utilise et en abuse selon ses propres critères, en voulant se l’approprier pour imposer ses vues et ses intérêts. Si la définition et l’application de cette qualité devaient tomber sous l’égide exclusive d’un de nos «partenaires», les patients en seront gravement lésés.

Notre profession «libérale» est attaquée par ceux qui devraient la défendre, un comble! Garder notre indépendance financière reste le garant de notre liberté individuelle, mais surtout thérapeutique. La mise sous tutelle systématique des médecins suisses, y compris financière, voulue par toutes les dernières mesures politiques prises et prévues, ne conduira sûrement pas à l’amélioration de la qualité des soins et n’amènera probablement aucune diminution de la hausse des primes. Les autres «acteurs» du système de santé y trouveront par contre un bénéfice certain.

Dr Didier Châtelain
Dr Alain Lironi
Membres du Bureau de l’AMGe