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La selfite aiguë un trouble mental

Mercredi, 10 janvier 2017

PSY Se photographier dans toutes les situations imaginables avec son téléphone est un besoin… maladif, selon des chercheurs.

La «selfitis», vous connaissez? Il y a quatre ans, le site satirique américain Snopes.com présentait – fausse étude à l’appui – l’addiction aux selfies comme un trouble mental. Eh bien, le canular s’est avéré fondé!
Des chercheurs, authentiques, eux, se sont penchés sérieusement sur la question de cette manie de se prendre en photo, sans perdre de vue qu’on a également tendance à voir des maladies un peu partout.
Résultat: après avoir passé au crible un panel représentatif de 400 personnes, les deux scientifiques – un Indien et un Britannique – en sont arrivés à cette conclusion: «L’existence de la selfitis semble confirmée. On espère que d’autres recherches seront menées pour mieux comprendre comment et pourquoi les gens développent ce comportement potentiellement obsessionnel, et ce qui peut être fait pour aider ceux qui sont le plus touchés», résume Janarthan Balakrishnan. Qui précise que les personnes atteintes de selfite aiguë – ce stade implique que l’on poste au moins six fois par jour – «souffrent d’un manque de confiance en elles et cherchent à s’intégrer dans leur entourage». Ces «malades» peuvent également manifester des symptômes similaires à d’autres comportements potentiellement addictifs.

Jusqu’au suicide

Psychologue à Lausanne, spécialiste en addictions, Tania Walther en convient: «Être accro aux selfies révèle souvent un problème beaucoup plus profond qui trouve son origine dans le besoin obsessionnel d’attirer l’attention de son entourage.»
À dose modérée, les selfies peuvent toutefois être bénéfiques pour l’estime et la connaissance de soi, assure Jean-Christophe Bétrisey, psychothérapeute à Genève. «Les «like» permettent de nous valoriser. Cela devient pathologique, lorsqu’il y a une recherche constante de l’approbation de l’autre. Poster des selfies est alors une nécessité qui peut être dangereuse. Car, à ce moment-là, on ne supporte plus les critiques, ou l’indifférence. Ce qui peut même pousser certains jusqu’au suicide.»
Sans aller jusque-là, le thérapeute voit dans la selfite aiguë d’autres conséquences possibles, tels que des troubles de la concentration: «On ne pense plus qu’à se mettre en scène, puis poster. D’autant qu’on vit, aujourd’hui, dans une société de l’image et de l’ego.» Par ailleurs, une addiction – y compris celle-ci – peut en entraîner une, voire d’autres…
Pascale Bieri

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