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Le cannabis légal séduit de plus en plus de malades

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Samedi-dimanche, 13-14 janvier 2018

Anxiolytique, anticonvulsif, anti-inflammatoire, le CBD commence à intéresser les médecins

V oilà vingt ans que Maria Santos, habitante de Prilly, se bat contre une maladie qui lui crée des plaies ouvertes sur les jambes et lui cause des douleurs importantes. Il y a quelques mois, elle prenait quotidiennement de la morphine, sans soulagement. Sur l’insistance de ses filles, elle essaie l’huile de cannabidiol, appelé aussi CBD ( lire ci-dessous ). «Depuis que je prends trois gouttes matin et soir, j’ai pu arrêter la morphine et éviter ses effets secondaires. Je vis mieux. Les sensations électriques que j’ai dans les jambes n’ont pas disparu, mais l’huile me libère de bien d’autres douleurs et je dors beaucoup mieux», relate cette Vaudoise de 59 ans.
Lilian, elle, souffre d’inflammations chroniques du fascia, le tissu plantaire entre le talon et les doigts de pied. Violente, la douleur l’empêche de marcher et de trouver le sommeil. «J’ai tout essayé! Le paracétamol, le tramadol; rien n’a fonctionné», raconte cette Zurichoise de 56 ans. Un ami médecin lui a conseillé d’essayer le cannabidiol. Elle en prend 12 gouttes le soir. Réparties entre le repas et le début de la nuit. «J’ai moins mal, je dors et arrive de nouveau à marcher.»
Du côté des vendeurs, aucune surprise. «95% des clients qui achètent de l’huile le font pour des raisons médicales, certains sont atteints d’épilepsie ou de la maladie de Parkinson», explique Marc Brunner, employé de Moon’s Coffee-Shop à Lausanne. «Des gens reviennent pour nous remercier et tant qu’on aura des mercis nous continuerons», renchérit Chihi Mouna, patronne des boutiques Moon’s. Les professionnels du CBD reçoivent de plus en plus d’appels de pharmaciens et de médecins. Même si le corps médical reste neutre dans son discours, il n’hésite plus à envoyer des patients dans ces commerces.

Plus de 450 études

Une pratique confirmée par le Dr Christophe Perruchoud, médecin-chef au centre du traitement de la douleur à l’Hôpital de Morges. «De plus en plus de patients nous parlent du cannabidiol et nous demandent des conseils. Si cela peut aider les personnes qui souffrent, qu’il n’y a pas d’effets secondaires et que c’est légal, nous n’avons plus beaucoup d’arguments pour nous y opposer.» Il n’articule aucun chiffre, mais précise que le nombre de patients reste marginal. «Nous n’encourageons pas les gens à prendre du CBD, mais nous ne pouvons pas les décourager s’ils souhaitent essayer ces produits.»
La recherche sur le cannabidiol est en plein boom, plus de 450 études sont en cours. «Le CBD peut soigner certains symptômes. Nous connaissons son effet sur les douleurs musculaires. D’autres études démontrent un effet calmant et des vertus anxiolytiques, mais cela dépend des personnes», déclare le Dr Daniele Zullino, médecin-chef du Service d’addictologie des HUG. De nouveaux travaux s’intéressent au cannabidiol pour le traitement des psychoses, les premiers résultats sont prometteurs, mais l’addictologue reste prudent. «Il faut encore attendre pour se prononcer. Le cannabis ne peut pas être encore considéré comme un nouveau neuroleptique.»
L’aide-mémoire sur le CBD de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et de Swissmedic évoque au conditionnel les effets thérapeutiques du CBD: «Il pourrait avoir des effets antioxydants, anti-inflammatoires, anticonvulsifs, antiémétiques (contre les vomissements), anxiolytiques, hypnotiques ou antipsychotiques.»
La porte-parole de Swissmedic, Danièle Bersier, précise: «Aucun produit contenant du cannabidiol (CBD) ne peut actuellement être commercialisé en Suisse assorti d’allégations thérapeutiques au titre de médicament, puisque ces produits ne sont pas autorisés comme tels.»

Contre l’addiction au THC

Il existe aujourd’hui un seul médicament reconnu. Le Sativex. Un spray buccal utilisé pour soigner la sclérose en plaques. Il contient, lui, du tétrahydrocannabinol (THC), le cannabinoïde responsable de l’effet psychotrope de la marijuana. D’autres préparations existent, mais elles sont soumises à une autorisation exceptionnelle de l’OFSP.
Le CBD est-il addictif? Niet, répondent les addictologues. Au contraire. «Nous savons que le CBD diminue l’effet du THC. Ce sont deux substances antagonistes, note le Dr Daniele Zullino. Il y a des études en cours sur l’utilisation du cannabidiol pour traiter l’addiction au cannabis.» Secrétaire général du Groupement romand d’études des addictions, Jean-Félix Savary relève: «Nous aurions le potentiel de diminuer les risques liés au cannabis de rue avec des produits contrôlés par l’Etat, mais ce n’est pas possible, car nous restons dans un système prohibitif.»Si les études et le recul manquent encore au monde médical pour adopter une position définitive, Lilian, elle, n’a pas besoin de plus de littérature scientifique. «Je ne sais pas si cela peut soigner d’autres personnes, mais je conseille le CBD à tout le monde, car pour moi ça marche.»
Romain Michaud

 

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