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Faut-il rationner la médecine?

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Vendredi, 2 février 2018

L’invité

La polémique actuelle suite aux augmentations incessantes des primes d’assurance-maladie et à la révision arbitraire du tarif des médecins (TarMed) au 1er janvier, a amené des déclarations inopportunes ou de nature à induire en erreur.
Monsieur Poggia, conseiller d’État en charge de la santé à Genève, sur les ondes de la Radio romande, évoque le revenu des chirurgiens qui atteindrait le million de francs par année. À l’appui de cette affirmation, il cite le «bon mot» qui courrait parmi les chirurgiens: «Si tu ne gagnes pas un million par an, c’est que tu as raté ta carrière.» Depuis quand un conseiller d’État se base-t-il sur des ragots?
Monsieur Berset, notre conseiller fédéral, renchérit sur le même thème, en parlant du salaire des médecins spécialistes. A-t-il seulement compris que les médecins indépendants ne sont pas salariés, mais qu’ils perçoivent des honoraires? Le chiffre d’un million se rapporte-t-il au chiffre d’affaires, ou au revenu? Parle-t-on du chiffre d’affaires à charge de l’assurance sociale, ou de celui à charge des assurances complémentaires? Dans ce dernier cas, les primes d’assurance-maladie obligatoire ne sont absolument pas impactées et le revenu des médecins à charge des assurances non LAMal ne regarde ni Monsieur Berset ni Monsieur Poggia.
Le principal résultat de cette désinformation, c’est de laisser croire à la population que l’augmentation des primes d’assurance-maladie obligatoire est le résultat du revenu excessif de ces médecins, et dans le même temps, de justifier des diminutions drastiques du tarif des gestes chirurgicaux ambulatoires (à charge de la LAMal).
L’augmentation des primes, qui dépend directement des coûts de la santé, n’est absolument pas due à une augmentation du revenu du médecin travaillant à charge de l’assurance obligatoire des soins (AOS). Le revenu de ces médecins s’est bien au contraire érodé depuis l’introduction du TarMed en 2004. Bien au contraire, l’augmentation des primes dépend largement de celle des coûts du diagnostic, qui fait de plus en plus appel à des appareillages sophistiqués et coûteux (IRM, Pet scan et autres), à l’apparition de nouveaux moyens thérapeutiques (médicaments issus des technologies de génie génétique, robots opératoires, etc.) du vieillissement de la population, et du surnombre de médecins installés dans certaines régions, comme le canton de Genève.
Nos dirigeants politiques n’ont jamais osé, jusqu’ici, entreprendre de véritables mesures de rationnement. Ce n’est pas en limitant le temps de consultation et le temps de l’examen clinique cumulé par période de trois mois et par patient (mesures introduites dans le nouveau TarMed), qu’on verra un impact sur les coûts. Un véritable rationnement des moyens médicaux diagnostiques et thérapeutiques avec une limitation du nombre de prestataires de soins aurait beaucoup plus de chances d’aboutir.
Prenez vos responsabilités, Monsieur Berset, et cessez de stigmatiser les médecins! Annoncez-nous de véritables mesures de rationnement et écoutez la réaction populaire qui ne manquera pas de se produire!
Charles Sellerger , Médecin député PLR au Grand Conseil

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