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Rien ne va plus entre les médecins et leur magistrat

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Vendredi, 2 février 2018

Des chirurgiens suspendent les opérations pour protester contre les tarifs médicaux

Ils doivent dîner ensemble lundi mais arriveront-ils à renouer le dialogue? Entre les médecins genevois et leur conseiller d’État Mauro Poggia, l’exaspération semble à son comble. Pour rappel, depuis le 1er janvier, les chirurgiens de la main ont suspendu les opérations non urgentes, afin de protester contre les nouveaux tarifs médicaux (TarMed). Les orthopédistes, les gynécologues et les urologues leur ont emboîté le pas. Si le magistrat s’est dit prêt à entendre les arguments des blouses blanches, il a condamné le fait de «prendre les patients en otage» puis raillé le million de francs gagné par certains chirurgiens. Le conseiller fédéral Alain Berset a ajouté qu’il jugeait de tels salaires inacceptables. La coupe est pleine pour Michel Matter. Le président de l’Association des médecins de Genève, membre du comité de la Fédération des médecins suisses, dénonce un «scandale».
Que se passe-t-il donc à Genève, seul canton à connaître une grève médicale? «La culture de la contestation est sans doute plus ancrée ici, ironise Mauro Poggia. Et la concentration importante de spécialistes crée une concurrence plus rude qu’ailleurs.» Michel Matter, lui, rappelle que le Canton a beaucoup développé la chirurgie ambulatoire, ce qui explique les vives réactions quand le tarif de certains actes baisse de moitié.
C’est le cas, par exemple, en orthopédie: «Quand elle est pratiquée en ambulatoire, la plastie du ligament croisé antérieur est facturée 250 francs, contre 565 francs en 2017», précise Valérie Pruès-Latour. La présidente des orthopédistes genevois ajoute que «les tarifs n’ont fait que baisser depuis 2004» et révèle que le chiffre d’affaires moyen des orthopédistes à charge de la LAMal s’élève à 180 000 francs auxquels s’ajoute une part variable à la charge de l’assurance-accidents LAA.
Le cardiologue interventionnel Edoardo de Benedetti donne un autre exemple: «Une coronarographie – examen du cœur invasif – passe de 369 francs à 278 francs. Dire que nous nous en mettons plein les poches est intolérable; un plombier est plus cher et moins qualifié. Nous soutenons nos collègues et il n’est pas exclu que nous les imitions.»
La grève est-elle le moyen le plus judicieux de se faire entendre? «Ce sont les médias et non les médecins qui parlent de «grève», il s’agit d’un moratoire», corrige Valérie Pruès-Latour. «Les médecins n’ont pas arrêté de travailler et s’occupent de leurs patients en urgence», ajoute Michel Matter.
Certes, mais pourquoi en arriver là? «Personne ne se plaint de son revenu ni ne demande de gagner plus, précise Éric Mégevand, ancien président des gynécologues genevois. Mais nous assumons plus de responsabilités et de risques que d’autres professions. Nous investissons dans notre formation continue et faisons l’effort de développer l’ambulatoire. Alors quand nos tarifs sont attaqués, nous voudrions être soutenus par notre ministre. Or, il nous lâche. S’il arrivait la même chose aux enseignants, ils seraient tous dans la rue.»
Interrogé, Mauro Poggia continue de se dire ouvert au dialogue. Selon lui, les médecins doivent «être rémunérés correctement». Mais il ne cache pas son impatience. «Ils sont trop susceptibles. Qu’ils cessent de se victimiser! Leur poche droite sera sans doute un peu moins remplie, mais la poche gauche compensera largement avec les revenus de l’assurance privée.»
C’est l’argument qui fait bondir les médecins. Ils martèlent que leurs revenus privés n’ont aucune incidence sur l’évolution des primes. Selon Michel Matter, le revenu d’un médecin genevois tourne autour de 204 000 francs. Un montant qui cache de grandes disparités entre spécialités – mais depuis 2009, les revenus par disciplines ne sont pas communiqués. «Si les chirurgiens sont prêts à être transparents, je les recevrai volontiers, dit Mauro Poggia. Ils estiment que leurs actes invasifs méritent une rémunération supérieure à celle du généraliste et ne veulent pas qu’on leur enlève un centime. Or, tout le monde doit faire un effort. Les médecins doivent se rendre compte qu’on ne peut pas continuer comme ça. Ou alors on se dirige vers la fin de l’obligation de contracter: les assureurs choisiront les médecins qu’ils rembourseront.»
Sophie Davaris

L’impossible réforme de la tarification médicale

 

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