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Moins de cigarettes davantage de joints

Mardi, 6 février 2018

ADDICTIONs Les campagnes antitabac portent leurs fruits auprès des ados. Mais ceux-ci semblent cependant rejeter la cigarette au profit du cannabis. Ce qui n’est pas sans inquiéter.

Le tabac est de plus en plus rejeté par les adolescents. En revanche, le cannabis a une cote d’enfer… Voilà ce qui ressort d’un récent rapport de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies. Et tout porte à croire qu’il en va de même chez nous. «Il n’y a pas d’études qualitatives similaires en Suisse. Mais il est probable que la réalité n’est pas très différente», estime Corine Kibora, porte-parole d’Addiction Suisse.

Cigarette associée à «la mort»

Autrement dit, fini le temps où la clope sentait bon la liberté, à tout-va; les jeunes (13-18 ans) qui ont grandi avec les campagnes antitabac, l’interdiction de fumer dans les lieux publics, le tout accentué par de fortes hausses du prix du paquet de cigarettes, associent désormais cette dernière à la «mort» et à «la souffrance». Et quand ils testent pour la première fois, ils sont unanimes: c’est «bizarre», «pas bon», «étouffant» voire «dégueulasse». À l’inverse, ils plébiscitent désormais, ouvertement et sans complexe, le haschisch… Signe d’«adhésion», de «fun» et de «confiance», comme le tabac autrefois. Avec, en prime, une image de produit naturel, bio, avec des effets «plus doux et progressifs».
«Ce type d’analyse est très intéressant car cela permet de mieux comprendre les motivations des jeunes à consommer des substances psychoactives. Elle confirme par exemple ce que l’on savait déjà: l’importance de l’appartenance à un groupe. Elle montre aussi que les messages sur la dangerosité du tabac sont intégrés. Le cannabis jouit d’une image plus positive, qu’il s’agit de nuancer», souligne Corine Kibora.

Avec engrais et herbicides

Alors, si on ne peut pas nier les effets euphorisants et apaisants des joints, qu’en est-il de leurs impacts sur la santé? Sont-ils effectivement moins nocifs – comme en sont persuadés les ados – que les clopes? «Selon le dernier rapport de l’OMS, les risques sur la santé physique existent, mais ils sont moindres que pour le tabac. Il en va de même au niveau cardio-vasculaire. En ce qui concerne le danger de glissement vers la dépression, une maladie psychiatrique ou une baisse définitive du Q.I., ce n’est pas très clair. En revanche, une consommation régulière de cannabis provoque un ralentissement et des difficultés au niveau de l’apprentissage», explique le Pr Daniele Zullino, médecin-chef de service en addictologie aux HUG (Hôpitaux universitaires de Genève).
Quant à l’aspect naturel du produit, il est illusoire, comme le souligne encore le professeur: «Le cannabis est souvent produit avec des engrais et beaucoup d’herbicide. Ce qui provoque une réelle inquiétude sur l’impact que cela peut entraîner.»
Pascale Bieri

 

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