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Chez les cyclistes, la fracture de la clavicule est très fréquente

Dimanche, 11 février 2018

Épaule Jolanda Neff, mais aussi Julien Absalon, Thomas Geraint ou Richie Porte, tous ces cyclistes professionnels ont subi cette blessure qui peut nécessiter parfois une intervention chirurgicale.

Une légende circule dans le monde du vélo: la clavicule serait au cycliste ce que le pare-chocs est à l’automobile. Tout bon coureur se l’est fracturée au moins une fois. Cette expérience douloureuse, mais «incontournable pour accéder au statut de cycliste expérimenté» selon santesportmagazine.com, est arrivée à la Saint-Galloise Jolanda Neff dimanche dernier, sur le circuit de cyclo-cross de Hoogerheide aux Pays-Bas. Victime d’une collision avec sa rivale Pauline Ferran-Prévot, laquelle s’en est sortie indemne, Jolanda Neff s’est brisé la clavicule, cet os en forme de S allongé qui relie le tronc à l’épaule.
La championne suisse rejoint ainsi une longue liste de blessés. Julien Absalon, l’un des coureurs les plus titrés à VTT et en cross-country avec deux médailles d’or aux JO, cinq titres en championnat du monde et autant en championnat européen, s’est fracturé la clavicule en 2014 suite à une chute. Même sort pour Thomas Geraint, champion du monde et champion olympique de poursuite par équipe, lors de la 9e étape du Tour de France 2017. Pareil un peu plus tard pour l’Australien Richie Porte, victime lors de la même étape d’une énorme gamelle dans la redoutable descente du Mont du Chat, dévalée à plus de 72 km/heure.

Fractures en chaîne pour les sportifs de haut niveau

«C’est une blessure très fréquente dans le cyclisme et le motocyclisme. Thomas Lüthi, par exemple, en a été victime plusieurs fois», déclare le Dr Steve Brenn, chirurgien orthopédiste spécialisé dans les opérations de l’épaule à Lausanne. Quand les coureurs chutent, ils ont tendance à essayer de se recroqueviller ou de se réceptionner sur les mains pour protéger leur tête; c’est donc souvent l’épaule qui touche le bitume en premier. Sous l’effet du choc, la clavicule s’incurve, puis se brise aux points de flexion, comme un mètre de bricoleur qu’on replie. Une cassure peut se produire en un ou plusieurs endroits le long de l’os. La douleur ne survient pas toujours tout de suite mais, lorsqu’elle se manifeste, elle est décrite comme très intense. On observe une impossibilité de lever le bras et des symptômes divers tels que gonflement, hématome, contusions…
La question qui se pose alors est de savoir si la fracture nécessite ou non une intervention chirurgicale. Si, d’après la radiographie, les fragments osseux sont près les uns des autres et alignés, l’opération n’est pas indiquée car la fracture va pouvoir guérir naturellement en l’espace de six semaines à trois mois grâce à la formation d’un cal osseux. Un début de consolidation apparaît au bout de deux à trois semaines déjà. Pour soulager le membre blessé, on prescrit soit un gilet orthopédique, soit une attelle appelée Rücksack (ou anneaux de contention), en fonction du type de fracture. Les anneaux de contention sont un bandage en forme de huit qui croise dans le dos et passe sur le devant du torse pour maintenir les épaules en arrière, un peu comme le ferait un sac à dos. Ils présentent l’avantage de laisser les deux bras libres, contrairement au gilet orthopédique qui maintient le coude fléchi à 90°. «L’inconvénient, c’est qu’ils ont tendance à se détendre; il faut donc les resserrer souvent, ce qui les rend assez inconfortables, surtout pour dormir», explique le Dr Steve Brenn.

Risques de séquelles en cas de fracture compliquée

«On part du principe que l’opération s’impose lorsqu’on observe un déplacement, un espacement ou un chevauchement des fragments osseux supérieur à un ou deux centimètres, selon les études», précise le spécialiste. Dans ce cas-là, en effet, il y a un risque que le cal se forme tardivement et difficilement, parfois au prix d’une déformation plus ou moins volumineuse qui peut devenir douloureuse. L’intervention chirurgicale vise à diminuer ce risque en remettant les fragments osseux dans une position anatomique adéquate (lire encadré).
Mais cette règle ne s’applique pas aux cyclistes professionnels. La moindre différence de longueur au niveau des épaules peut les gêner et diminuer leur performance. «Il faut qu’ils soient parfaitement symétriques sur leur vélo pour être à l’aise.» Raison pour laquelle à gravité égale, une fracture de la clavicule est plus souvent opérée chez les coureurs de haut niveau que dans la population générale.
Les anecdotes concernant des cyclistes qui auraient enfourché leur bécane une semaine après l’opération ne manquent pas. «C’est vrai qu’on peut assez rapidement recommencer à faire des mouvements sans douleur et il n’est pas rare de les voir reprendre l’entraînement au bout de six semaines déjà, voire plus tôt. Le problème, c’est que la clavicule n’est pas encore solide. S’ils retombent, il existe un risque de nouvelle fracture.»
Francesca Sacco

Une plaque et des vis de 3,5 mm

Un os en forme de S allongé ou de cravate

L’épaule est composée de trois os: l’omoplate (ou scapula, qui signifie épaule en latin), la clavicule et l’humérus. Facilement palpable sous la peau, la clavicule ressemble à un S allongé ou à une cravate, posée à l’horizontale de chaque côté du sternum, au-dessus de la première côte vertébrale. Elle assure la jonction entre le thorax et l’épaule. Elle sert également de point d’ancrage aux muscles de l’épaule, du thorax et de la région cervicale, en particulier le trapèze et le sterno-cléido-mastoïdien (SCM).
La clavicule est l’un des premiers os à se développer chez l’embryon. Avec l’acromion, qui est l’apophyse de l’omoplate, elle forme l’articulation acromio-claviculaire, souvent lésée lors des chutes de vélo. Avec l’omoplate, elle forme ce qu’on appelle la ceinture scapulaire. Quant à l’omoplate, il s’agit d’un os plat, symétrique et triangulaire, situé sur la surface dorsale du thorax, et qui s’étend de la deuxième à la septième côte vertébrale. L’humérus, enfin, constitue le squelette du bras; c’est un os long dont la tête s’emboîte dans l’omoplate pour former l’articulation de l’épaule.
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