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La santé au cœur des inquiétudes

Samedi-dimanche 10-11 mars 2018

L’Editorial

Quelles sont les préoccupations de nos lecteurs dans la perspective des élections cantonales? Si le logement et la mobilité demeurent indétrônables, la santé a effectué une percée phénoménale. C’est clairement ce qui ressort du sondage de la Tribune de Genève, effectué auprès de son Cercle des lecteurs. Près d’un sondé sur deux estime qu’il s’agit d’un dossier prioritaire pour Genève, alors qu’ils n’étaient que 15% à s’en préoccuper à l’orée des élections de 2013. Il est vrai que, depuis, les primes n’ont cessé de prendre l’ascenseur.
Un dossier tout cuit pour en faire le thème de campagne de ces élections 2018? Tous les partis, peu ou prou, se sont lancés dans le filon, mais ce dernier éprouve du mal à s’imposer – peut-être parce que le sujet est avant tout fédéral? En réalité, il semblerait que 2018 peine à trouver son refrain. Un changement de paradigme par rapport à l’atmosphère de 2013, lorsque la sécurité était partout dans l’air. Mais, en un mandat et des poussières, Pierre Maudet sera parvenu à décrisper la situation – nos lecteurs sont 33% à s’en préoccuper, contre 55% il y a cinq ans. Quant à la question des travailleurs traversant tous les jours la frontière, elle est l’autre grande absente.
Si le mouvement anti-frontaliers a connu une progression fulgurante au point de devenir en à peine deux législatures la deuxième force du canton, obligeant tous les politiques à prendre position sur la question, il est entre-temps parvenu à imposer la préférence cantonale. Il a aussi perdu son tribun, Éric Stauffer, ce dernier ayant laissé sur le bord de la route ce thème, considéré comme clos, qui lui a valu ses succès. Le MCG, lui, s’accroche à son ancienne vache à lait, mais n’arrive plus à faire monter la mayonnaise. Or, un refrain s’impose aussi parce qu’il est asséné, matraqué. Il tient de la capacité d’un parti à polariser le débat public. À cinq semaines des élections, aucun d’entre eux ne semble avoir trouvé sa partition.
Anna Vaucher

 

Logement, mobilité, santé en tête des préoccupations

À presque un mois des élections, les lecteurs de la «Tribune de Genève» évaluent les problèmes prioritaires du Canton. Ils livrent aussi leurs appréciations sur les candidats sortants

Logement, mobilité, santé, tel est le trio de tête des inquiétudes des Genevois en 2018. La Tribune de Genève a mené fin février un sondage auprès du cercle de ses lecteurs (lire ci-contre), comme elle en mène régulièrement avant les votations et les scrutins les plus importants.
Ses résultats sont intéressants: le thème de la sécurité, par exemple, un des sujets phares il y a quatre ans et demi, est désormais relégué à la cinquième place, loin derrière l’emploi et la santé. En 2012, une campagne sur la sécurité avait permis à Pierre Maudet d’être élu, alors que son parti venait de subir l’éviction de Mark Muller. À peine au pouvoir, le nouveau magistrat poussait d’ailleurs l’ancienne conseillère d’État en charge de la police, Isabel Rochat, à changer de département.
Valeur sûre, comme en 2013, le logement arrive en tête des préoccupations. Mais l’intensité du problème a évolué. À l’époque, ce sujet était signalé comme problématique par 78% des sondés, le chiffre est passé à 62% aujourd’hui. Comment l’expliquer? Il faut dire qu’entre-temps la production de logements a atteint des records, faisant diminuer légèrement la pénurie, comme le démontre la montée du taux de vacance. Une solution pour améliorer la situation? Selon 49% des lecteurs, il faut continuer à construire. Un résultat en ligne avec nos différents sondages sur ce sujet ces dernières années, mais qui contraste avec la réapparition de la contestation publique du développement dans de récentes manifestations.
Arrivée en deuxième position, la mobilité reste la question brûlante que l’on connaît. À la différence du logement, son intensité a à peine baissé depuis 2013, malgré les efforts du responsable du domaine, Luc Barthassat. Contrastant avec le sort de certains de ses collègues, la popularité du magistrat PDC fait un plongeon (voir ci-contre) par rapport à son classement électoral de 2013. Luc Barthassat ne peut en outre pas compter sur les lecteurs pour trouver des solutions, puisqu’en matière de mobilité ils lui suggèrent à la fois de développer les transports publics (34%), de faire la traversée du lac (32%)… tout en recommandant au Conseil d’État de maîtriser les dépenses publiques (52%).

La santé pèse lourd

La santé fait une percée remarquable dans les préoccupations des Genevois. En dernière position parmi les thèmes retenus à la fin de la précédente législature, elle se hisse désormais à la troisième place des inquiétudes des sondés et la maîtrise des coûts de la santé s’impose en tête des préoccupations. Il faut dire qu’entre 2013 et 2018, la prime d’assurance maladie moyenne est passée à Genève de 469 fr. 65 à 583 fr. 30 (pour les adultes, accidents inclus), soit une progression de 24%… Paradoxalement, la popularité de Mauro Poggia, véritable magistrat Téflon, n’est pas atteinte. Pour leur part, les partis ont perçu l’irritation populaire, puisqu’ils ont lancé récemment plusieurs initiatives sur la question. Deux sont en cours au niveau cantonal, lancées par la gauche et Genève en marche. Deux autres sont soutenues par la gauche, le PDC et le MCG au niveau national.
Les problématiques d’emploi, mentionnées par 45% des lecteurs, restent stables par rapport à 2013. Quant à la fiscalité, elle ne passionne guère. Cela ne veut pas dire que les questions de finances ne font pas partie des préoccupations. Les lecteurs ont au contraire des idées assez précises en la matière, puisqu’ils considèrent à 52% qu’il faut «maîtriser les dépenses publiques» et qu’en cas de baisse des recettes fiscales, presque un sondé sur deux estime qu’il faudra «diminuer les prestations»… Mais les nombreux échecs en votation des propositions de baisses de dépenses ont régulièrement démontré ces dernières années qu’il y a loin de la coupe aux lèvres.

L’Entente reste en tête

Nous avons demandé à nos lecteurs de quels partis ils étaient le plus proches. Les résultats sont clairs: la droite classique se taille la part du lion. Elle se retrouve massivement surévaluée par rapport à ses résultats réels aux élections cantonales de 2013. À l’inverse, la gauche est en dessous de ses scores. Quant au MCG et à l’UDC, ils semblent en chute libre.
Néanmoins, si on se concentre sur les tendances et qu’on confronte les intentions de vote en 2018 de nos lecteurs avec leurs souvenirs de vote de 2013, la situation de chaque camp ne semble guère évoluer. Seul bémol, fin février, au moment du sondage, le nombre d’indécis (16%) restait important. Dernier point: le nouveau parti d’Éric Stauffer, GeM, se partage avec le MCG les faveurs de leurs électeurs à parts égales. Pauvre MCG! Parmi les thèmes mentionnés par nos lecteurs, celui des frontaliers brille par son absence.
Il ne faut naturellement pas prendre les sondages réalisés auprès du Cercle des lecteurs de la Tribune de Genève comme vérité d’Évangile. Leurs tendances se sont néanmoins révélées assez justes ces dernières années. En février 2014, nos lecteurs prédisaient le rejet à Genève de l’initiative de l’UDC contre l’immigration de masse à six points près (55% contre 61 en réalité). En 2012, lors de l’élection partielle au Conseil d’État, ils illustraient l’insolente popularité de Pierre Maudet par rapport à ses rivaux. En 2011, ils annonçaient le retour de l’école le mercredi matin à trois points près (68% oui, contre 65 en réalité).
Marc Bretton

 

Pierre Maudet en tête. Luc Barthassat dernier

 

 

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