< | >

Le vin peut être un plaisir quotidien, mais à petite dose

Dimanche, 11 mars 2018

Alcool Boire un ou deux verres de vin par jour entraîne peu de risques pour la santé. Mais l’excès d’alcool a de fortes répercussions sur le cerveau, le foie, le cœur, tout en favorisant l’anxiété et la dépression.

La consommation de vin fait partie intégrante de notre culture et sa production de notre économie. Il n’est donc pas surprenant que la boisson ait ses défenseurs acharnés dans le monde politique et viticole. Il est en effet facile, lorsqu’on lit l’abondante littérature scientifique consacrée à ce sujet, de souligner que tel ou tel composant du vin a une action anti-inflammatoire, qu’il retarderait l’apparition de démences, qu’il protégerait nos dents contre les bactéries pathogènes, etc.

Tout est dans la dose

Toutefois, «les preuves de ces bénéfices sont insuffisantes», souligne Jean-Bernard Daeppen, chef du Service d’alcoologie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). En outre, raisonner ainsi «revient à comparer une souris à un mammouth, le pachyderme étant l’alcool». Car le vin, poursuit le médecin, «n’a pas un statut privilégié». Au même titre que la bière et les alcools forts (vodka, whisky, etc.), il contient de l’éthanol «qui est toxique et inducteur d’addiction». Toutefois, comme souvent, tout est question de dosage.
La courbe reliant la dose de vin consommée à ses effets sur l’organisme «a la forme d’un J», précise l’addictologue. En d’autres termes, boire de manière modérée, comme le fait 70% de la population suisse – c’est-à-dire 2 à 3 verres par jour pour les hommes et 1 à 2 pour les femmes, selon les recommandations en vigueur – équivaut quasi à l’abstinence, en matière d’effets. Les risques que l’on prend «sont faibles», bien qu’une consommation, même modeste, suffise à favoriser légèrement le développement du cancer du sein et du côlon. C’est ensuite que la situation commence à se gâter. À partir de 4 ou 5 verres quotidiens, la courbe dose/effets amorce sa montée, et au-delà de 7 à 8 verres, «elle devient très raide».
Les méfaits d’une consommation excessive sur la santé sont multiples puisque, «d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’alcool est impliqué, directement ou indirectement, dans au moins 60 maladies, voire 200 si l’on prend en compte les dommages comme les blessures», rappelle la Société française d’Alcoologie. Certes, tempère le médecin du CHUV, «il ne prend qu’une part limitée» dans l’apparition de certaines de ces pathologies. Mais il reste que, globalement, on estime qu’il augmente la mortalité de 3,8% et réduit le nombre d’années de vie en bonne santé de 4,6%. De ce fait, le vin serait responsable de 71 millions d’années de vie perdues dans le monde, d’après une étude publiée en 2009 dans The Lancet.

Un puissant neurotoxique

L’excès d’alcool favorise en premier lieu les accidents – ceux se produisant sur la route, comme ceux résultant d’actes violents ou de chutes – qui, à eux seuls, sont à l’origine de 25 millions d’années perdues. C’est aussi un puissant neurotoxique, qui favorise le développement de troubles neurologiques et psychiatriques. «Il induit et aggrave la dépression et l’anxiété, précise Jean-Bernard Daeppen. Il accroît aussi le risque de démences et de troubles de la mémoire. De plus, l’alcool agit sur le système nerveux périphérique, générant des pertes de la sensibilité.» Sans compter que, comme toutes les drogues, il agit sur le système cérébral de la récompense et fait perdre le contrôle de sa consommation – ce que l’on nomme l’addiction.
Boire abondamment retentit, par ailleurs, sur le foie. À la surcharge réversible de l’organe (stéatose hépatique) peuvent succéder des lésions irréversibles caractérisant la cirrhose, laquelle peut évoluer en cancer du foie. Ce n’est pas le seul cancer qui menace les gros buveurs. L’éthanol étant un carcinogène, il favorise le développement de tumeurs malignes de la sphère ORL, bouche, pharynx, larynx, œsophage.
Le cœur, lui aussi, subit directement les effets de l’alcool, car «l’ivresse perturbe son fonctionnement électrique et mécanique», explique Étienne Pruvot, médecin adjoint au Service de cardiologie du CHUV. Mais la consommation excessive «a surtout des répercussions indirectes qui sont pernicieuses», précise le cardiologue. Elle fait prendre du poids jusqu’à l’obésité. Il en résulte un risque accru d’hypertension, de diabète, et de taux élevés de cholestérol, qui sont d’importants facteurs de risque des maladies cardiovasculaires. «L’alcool, directement ou indirectement, favorise différents types d’arythmies (irrégularités du rythme cardiaque, ndlr.), notamment la fibrillation auriculaire, qui est l’une des causes principales d’accidents vasculaires cérébraux», ajoute Étienne Pruvot. Le tableau est sombre mais, pour autant, ni l’addictologue, ni le cardiologue ne prônent l’abstinence ou la prohibition. Consommé avec modération, selon la formule consacrée, le vin reste une source de plaisir et de convivialité.
Elisabeth Gordon

 

Le vin rouge est-il vraiment bénéfique pour l’organisme?

< Retour à la liste