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L’homme a trouvé son 80e organe

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Jeudi, 29 mars 2018

MÉDECINE Les espaces interstitiels de notre corps, mal connus, se révèlent en fait être un vaste système de canaux remplis de fluide et par où se propage notamment le cancer.

C’est parfois en se penchant sur des choses déjà connues mais négligées que l’on fait de grandes découvertes. C’est ce qui s’est produit pour cette équipe américaine de gastro-entérologues. Ils examinaient des tissus vivants des voies biliaires à l’aide d’une nouvelle technique d’endomicroscopie laser. La caméra, comme pour une colo­scopie, est remplacée par un microscope, ce qui permet de voir du matériel vivant au niveau cellulaire. Et là, surprise! Dans l’interstitium, soit les espaces dans et entre les tissus, alors qu’ils s’attendaient à trouver une couche dense comme on la connaissait, ils ont vu une structure complexe et dilatée, remplie de liquide.
Car avant, lorsqu’on examinait au microscope des échantillons de ces tissus, on les déshydratait. Donc ce qui ressemble en fait à une éponge gorgée de liquide n’apparaissait que comme une masse ratatinée. Voir cette structure sous son aspect réel change tout. On comprend déjà qu’elle fait office de coussin amortisseur.
Cette première découverte allait déboucher sur quelque chose d’encore plus fascinant. Le Dr Neil Theise, professeur de pathologie à New York, à qui ces résultats ont été soumis, a décidé d’étendre la recherche à… son nez. Et il a découvert exactement la même structure, qui s’étend ainsi presque au corps entier. Et le liquide y circule par des canaux. Tout un réseau!
Cette redécouverte, comme elle l’appelle, la professeure Christine Sempoux, médecin-cheffe à l’Institut universitaire de pathologie de Lausanne, la connaît depuis deux ans. «Neil Theise l’avait présentée à un congrès à São Paulo. Nous étions bouche bée. Car, si tout le monde savait ce qu’était l’interstitium, on ne le voyait pas comme un réseau de fluide. On aurait dû y être plus attentif avant. Depuis, à Lausanne, nous n’observons plus les échantillons déshydratés mais congelés, pour voir leur forme réelle.»
L’importance de cet interstitium est telle qu’il pourrait carrément être considéré comme un organe. Il a en effet la même structure et fonction partout, tant sous la couche supérieure de la peau que dans celle tapissant les poumons. Si c’est le cas, et vu son volume estimé à 20% de celui du corps humain (10 litres), il serait carrément l’organe le plus gros. Actuellement, c’est la peau (16% de notre masse corporelle).

Cancer et acupuncture

La redécouverte de l’interstitium a déjà des implications majeures. L’équipe du Dr Theise a en effet constaté depuis que le cancer se sert de ce réseau de canaux pour se propager dans le corps humain. Analyser le liquide interstitiel pourrait permettre de découvrir plus précocement son expansion. De même, œdèmes et inflammations sont liés à ces canaux. Un autre mystère, millénaire, pourrait être résolu. L’aiguille d’un acupuncteur, plantée à un endroit du corps pour agir sur un autre, se fiche en fait… dans l’interstitium.
Michel Pralong

 

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