< | >

Union romande autour du cyberdossier du patient

Cet article a plus d'un an, les informations pourraient être perimées. Merci d'en tenir compte.

Jeudi, 29 mars 2018

Cinq cantons, dont Genève et Vaud, vont offrir à leurs habitants une solution électronique commune

Le ton de Sébastien Fanti a radicalement changé. En août 2015, le préposé valaisan à la protection des données faisait suspendre in extremis la mise en œuvre du dossier électronique du patient (DEP) dans son canton. En dénonçant «un suicide numérique collectif généré par des apprentis sorciers». Aujourd’hui, il applaudit la stratégie élaborée par cinq cantons romands, visant à mettre en place un DEP «hautement sécurisé» à l’échelon intercantonal. «C’est une excellente nouvelle pour les patients, qui passent de plus en plus d’un hôpital à un autre, d’un canton à un autre», estime Sébastien Fanti.

Qui?

Vaud, Genève et le Valais sont à la manœuvre. Ils ont créé mercredi une association, baptisée Cara, qui devra concrétiser le projet. Fribourg et le Jura ont prévu de la rejoindre, sous réserve de l’approbation de leur parlement. «Ce regroupement des forces est unique en Suisse. Il permettra, par un meilleur partage de l’information, d’améliorer la qualité de la prise en charge médicale, la sécurité des patients et l’efficacité du système de santé», promettent les autorités signataires. Et de citer l’exemple d’un Vaudois victime d’un malaise cardiaque alors qu’il visite le Salon de l’auto de Genève: son dossier médical sera aisément consultable par le médecin qui le prendra en charge hors de son canton de résidence.
Et Neuchâtel? Son absence s’explique par un choix différent de gouvernance. Le Canton a en effet décidé l’an dernier de constituer sa propre communauté de référence, portée par une structure impliquant les professionnels de la santé aux côtés des représentants de l’État. «Mais l’important, c’est que nous collaborerons pleinement avec la plate-forme romande. Les informations relatives aux patients pourront circuler, quelle que soit la solution technique choisie», affirme Caroline Gallois-Vinas, responsable de la cellule cybersanté au Service neuchâtelois de la santé publique.

Quels risques?

Pour que son dossier soit accessible, le patient devra avoir donné son accord préalable. C’est l’une des conditions exigées par la loi fédérale sur le DEP, entrée en vigueur en 2017. Par ailleurs, seuls les documents significatifs seront mis à disposition. L’expérience de Genève, premier canton de Suisse à avoir offert à ses citoyens la possibilité de créer leur cyberdossier médical, s’avère rassurante. «Nous faisons l’objet d’audits réguliers, souligne Aurélie Rosemberg, responsable du projet pour l’État de Genève. Aucun problème de sécurité des données n’est à déplorer.» Plus de 33 000 patients genevois ont déjà franchi le pas. Et 750 médecins de cabinet, ainsi que 1200 pharmaciens, infirmiers et autres professionnels de la santé, utilisent le DEP. Une enquête réalisée l’an dernier mettait en évidence un taux de satisfaction de 90%.

Quel outil?

Les cantons souhaitent mener des négociations avec La Poste, qui fournit la solution informatique déployée à Genève et dans le canton de Vaud, où est mené un projet pilote. L’outil Infomed, cible des vives critiques de Sébastien Fanti en Valais, migrera vers la plate-forme romande dès 2019. Le préposé cantonal à la protection des données se dit désormais confiant: «Un comité stratégique supracantonal pilotera ce travail.»

Quand?

L’association Cara, présidée la première année par le Canton de Genève, devra être certifiée par eHealth Suisse, l’organe de coordination entre la Confédération et les cantons. Ces derniers restent autonomes quant au démarrage effectif du DEP. La législation fédérale oblige les hôpitaux et les cliniques de Suisse à y participer dès 2020. Les établissements médico-sociaux, eux, auront jusqu’en 2022 pour le faire.
Patrick Monay

< Retour à la liste