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Le coup de provoc à 10 000 balles

Lundi, 16 avril 2018

L’Edito

Les annonces chocs ne manquent pas dans le domaine de l’assurance-maladie. Vous avez aimé la prime de base à 800 francs, que nous prédisent certains experts d’ici à une dizaine d’années? Vous allez adorer la franchise minimale à 5000 ou 10 000 francs, avancée ce dimanche par Philomena Colatrella, la patronne de la caisse CSS, dans les colonnes de SonntagsBlick. Selon ses calculs, la mesure permettrait aux assureurs d’épargner un milliard de francs de remboursements à leurs clients.
Notre système de santé coûte si cher que chaque idée pour en alléger un peu la facture est la bienvenue. Alors pourquoi pas cette proposition iconoclaste de la CSS? En échange de cet effort, l’assuré verrait sa prime mensuelle baisser. Et des aides financières viendraient soutenir les revenus modestes. Ce que les experts de la caisse lucernoise se sont bien gardés de calculer, c’est l’impact sur la classe moyenne. Celle qui paie plein pot, sans subvention, et qui pourra toujours puiser dans son épargne vacances ou formation pour allonger les 10 000 premiers francs.
Tondre la classe moyenne est une tradition bien implantée dans notre pays. Faire culpabiliser le citoyen aussi. Alors que des études montrent que les Suisses vont moins chez le médecin que nos voisins européens, nos acteurs de la santé alimentent toujours le cliché d’une population qui ingurgite des médicaments matin, midi et soir, et mobilisent la chirurgie de pointe pour le moindre ongle incarné. En attendant, le Parlement a décidé de faire grimper les franchises parallèlement au renchérissement de la vie. Et là, pas question d’assortir cette hausse de rabais de primes.

La surenchère des franchises dorées

LAMAL La cheffe de la CSS, Philomena Colatrella, propose de porter à 5000 et 10 000 francs les franchises de l’assurance-maladie. Les parlementaires sont loin d’être convaincus.

Des franchises à 5000, voire 10 000 francs? La patronne de la CSS, Philomena Colatrella, n’y va pas avec le dos de la cuillère. Dans un entretien publié par le SonntagsBlick d’hier, elle propose de doubler ou quadrupler l’actuelle franchise la plus élevée de l’assurance obligatoire des soins, celle de 2500 francs.
Constatant que «le seuil de la douleur pour le niveau des primes a été atteint», la cheffe de la CSS (1,34 million d’assurés) en appelle à une rupture: «C’est un modèle complètement différent! Le CSS Institute for Health Economics a fait une analyse (…). Les franchises élevées apportent des économies d’un milliard de francs par an.» Cette option permettrait de faire baisser les primes de 170 francs par mois et par personne et, par un mécanisme de redistribution des subsides actuels, les plus faibles resteraient soutenus car «en cas de maladie, personne ne devrait avoir à renoncer à la visite du médecin».
Pour Rebecca Ruiz (PS/VD), membre de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique (CSSS) du Conseil national, «c’est une proposition extrême qui implique une remise en question du modèle de solidarité actuelle et le laminage de la classe moyenne. Mais ce type de proposition, sans modèle, sans chiffres étayés, c’est un peu de la sculpture sur nuage.»
Raymond Clottu (Ind./NE) n’est guère plus emballé: «Si je considère les familles, en tant que comptable, je vois bien que dans la classe moyenne, elles n’ont pas des économies qui permettraient d’avoir des franchises aussi élevées. D’une manière générale, je ne crois pas non plus que des franchises élevées ont un réel impact sur les coûts de la santé.»

«Compte épargne santé»

Même le PLR n’avait pas osé proposer des franchises à 5000 ou 10 000 francs… Philippe Nantermod (PLR/VS) estime toutefois qu’il y a matière à réflexion: «Mais on ne peut pas introduire comme ça de telles franchises au risque que les gens n’aient pas les moyens ensuite de payer. Cela n’est pas possible sans mesures d’accompagnement.»
Le Valaisan verrait bien «un compte épargne santé» où l’assuré pourrait placer les gains qu’il réalise grâce à une franchise haute, soit aujourd’hui environ 1600 francs par année. Ensuite, avec la garantie de ce compte, il pourrait obtenir des franchises encore plus hautes: «Ce ne serait pas seulement pour les riches, mais pour tous ceux qui veulent choisir ce système et épargner, selon le principe du deuxième pilier.»
Eric Felley

 

 

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