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Zoom sur les déchets spéciaux de l’hôpital cantonal

Samedi-dimanche, 14-15 avril 2018

Traitements inédits pour les comprimés périmés, solvants, placentas et autres cytostatiques

Ils partent dans la «filière jaune». Celle avec laquelle on ne rigole pas. Celle qu’on redoute, comme si la chose était taboue. Elle fait l’objet d’un contrôle strict, celui qu’on réserve aux rebuts nocifs. Des lois européennes l’encadrent, la Suisse s’y calque.
Les déchets spéciaux – ceux de la filière jaune – abondent aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). L’an dernier, l’institution a craché 490 tonnes de résidus hospitaliers (seringues, compresses, pansements ou autres fluides), plus de 4000 kilogrammes de débris anatomiques (des placentas aux jambes des amputés) ou encore 11 tonnes de cytostatiques (ces restes de traitements réservés aux patients souffrant de cancer).
Les cytostatiques sont particulièrement surveillés. Ces substances qui bloquent la synthèse, le fonctionnement ou la multiplication cellulaires seraient capables de contaminer une ville entière si elles devaient tomber dans la mauvaise canalisation.
Elles arrivent des différentes unités de l’hôpital dans des seaux scellés ornés de deux pictogrammes: l’un est une tête de mort, l’autre un poisson tué sur fond naturel. Elles sont entreposées dans une salle fermée sous alarme à la voirie des HUG, rue de la Roseraie. Les bidons n’y croupissent pas: des camions spéciaux, dits ADR (marchandises dangereuses par route) viennent les prendre chaque jour pour les transporter à l’usine des Cheneviers. Le conducteur est formé pour réagir en cas d’accident. À Aire-la-Ville, traitement prioritaire des chimistes de l’entreprise CTDS SA, pour éviter notamment les mélanges dangereux. Rien n’est stocké, tout part dans un ascenseur par la voie rapide en direction d’un four à 800 degrés. Les seaux sont brûlés avec leur contenant.
La voirie des HUG est un hub, celui où tout transite. L’an dernier, 595 tonnes de déchets spéciaux y sont passées. Les équipes d’Olivier Raedisch, chef du secteur environnement des HUG, collectent ces détritus à travers l’institution. Toujours cachés dans des bidons impossibles à ouvrir mais dûment étiquetés. À la rue de la Roseraie, ils sont posés dans des conteneurs au couvercle jaune, sous scellés et numérotés avant de partir à l’incinération. Pour chaque colis, Olivier Raedisch signe un bordereau de suivi.
Rien ou presque n’est recyclable. Seules quelques huiles peuvent être réutilisées sous forme de carburant pour tracteurs ou cimenteries.
Le four de l’usine des Services industriels de Genève ne dépasse pas les 800 degrés. Insuffisant pour les déchets anatomiques, qui eux aussi font l’objet d’un traitement propre. Stockés au CMU, ils sont récoltés une fois par semaine par la voirie des HUG, qui les fait ensuite acheminer à Bâle, où des températures de 1300 degrés les transforment en cendre.
De l’usine d’incinération genevoise, tout sort sous forme de mâchefer – rebuts médicaux comme déchets classiques. Les mâchefers sont des résidus qui restent au fond des fours après la combustion des ordures et qui, à Genève, finissent dans une décharge à Bernex dont personne ne semble vouloir. Les mâchefers sont composés de sable et de gravier mais aussi de métaux. Ces derniers sont en partie récupérés avec des aimants, puis recyclés.
Richard Etienne

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