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Comment l’Hôpital élimine ses déchets radioactifs

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Samedi-Dimanche 23-24 Juin, 2018

Les ondes nocives font l’objet d’un traitement spécial au sein de l’Hôpital cantonal.

À la voirie des HUG, un gyrophare est allumé et une sirène sonne à tue-tête. L’alarme a été déclenchée par un système de détection de radioactivité auquel tous les sacs-poubelles sont soumis avant d’entrer dans la benne qui doit les amener à l’usine d’incinération. L’un d’eux contient manifestement un déchet radioactif.
Panique à bord? Loin de là. Le personnel de la voirie reprend le sac, le stocke dans une benne spécifique et le fera passer le lendemain. La sonnette se met souvent en branle et les déchets coupables émanent souvent de personnes ayant subi un examen de médecine nucléaire. Il s’agit en général de protections hygiéniques portées par un patient hospitalisé auquel on a injecté une substance radioactive dans le but de faire des images d’un organe ou d’une partie du corps.
Des déchets radioactifs pas si effrayants. La quantité de rayonnements qu’ils émettent diminue au fil du temps, selon leur demi-vie (la durée au bout de laquelle la moitié des atomes radioactifs d’un échantillon est désintégrée). À l’Hôpital, on trouve surtout des substances avec des demi-vies de quelques jours. Ils retombent, autrement dit, vite sous les seuils interdits. On est loin de certains rebuts des centrales nucléaires, comme l’uranium (demi-vie de 23 millions d’années) ou de certains isotopes du cobalt.
Aux HUG, les produits radioactifs sont stockés dans deux locaux tampons de la voirie – l’un pour les solides, l’autre pour les liquides – tout à fait ordinaires. Aucun mur de plomb ou bunker de béton ne protège les passants. À l’intérieur, les déchets sont enfermés dans des contenants en plomb, un métal qui freine les rayonnements. Seules des pièces du cyclotron de l’Hôpital (un accélérateur de particules qui crée des atomes radioactifs pour la radio pharmaceutique) affichent des taux plus élevés. Leur demi-vie excédant les cent jours, elles seront transférées à l’Institut Paul Scherrer, à Zurich.
«La radioactivité effraie, estime Mélanie Patonnier, ingénieur en radioprotection mandatée aux HUG. Mais il faut savoir que la radioactivité est naturelle; il y en a partout autour de nous, dans certaines roches, le thé, le poisson, le lait et notre corps est habitué à en recevoir une faible quantité.»
Tout est question de quantité. Un résident suisse reçoit en moyenne 6 millisievert (mSv, une unité qui quantifie l’impact des rayonnements) par an, naturellement. En Suisse, les personnes exposées aux radiations dans leur activité professionnelle ne doivent pas recevoir plus que 20 mSv par an. Aux HUG, le personnel le plus exposé aux radiations, celui du service de médecine nucléaire, en reçoit en moyenne 2 mSv par an. C’est souvent moins qu’une hôtesse de l’air (la dose reçue pour un vol Genève – New York correspondrait à l’équivalent de deux radiographies).
Outre la médecine nucléaire, les déchets radioactifs des HUG proviennent des chambres d’hospitalisation de radiothérapie métabolique, des laboratoires et du cyclotron. Chaque semaine, l’équivalent d’un chariot grand comme trois caddies est amené dans le local des déchets radioactifs prévu à cet effet et 400 litres de liquides contaminés sont stockés dans des cuves d’une salle adjacente. Tous quitteront les HUG quand ils ne seront plus néfastes. Les solides partiront à l’incinération, les liquides dans les égouts.

Richard Etienne

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