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L’EPFL développe une assistance cardiaque unique au monde

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  Jeudi 28 Juin, 2018

Le Centre pour muscles artificiels, inauguré mercredi à Microcity (Neuchâtel), étendra aussi ses travaux à d’autres domaines.

Le Centre pour muscles artificiels, inauguré mercredi dans les locaux de Microcity, extension de l’EPFL à Neuchâtel, a pour mission de développer un système d’assistance cardiaque moins invasif, pour aider les cœurs en défaillance. Planifié sur quatre ans, ce projet consiste en une prothèse en forme d’anneau (photo ci-contre) qui vient se placer autour de l’aorte. «Cette technique présente l’avantage de ne pas interférer directement avec le flux sanguin ni les cellules sanguines», souligne Thierry Carrel, directeur et médecin-chef du Service universitaire de chirurgie cardiovasculaire de l’Hôpital de l’Île, à Berne, associé au projet. Les risques de destruction de ces cellules, d’hémorragie ou de thrombose, présents avec l’utilisation d’un cœur artificiel, plus invasif, sont ainsi écartés.
Le matériau utilisé, un polymère électroactif, couplé à un ressort de haute précision, a la particularité de se contracter et de se relâcher lorsqu’une tension lui est appliquée. En clair, il seconde le travail du muscle cardiaque en reproduisant un effet de pulsation, de «pompage», autour de l’aorte. Un mouvement de va-et-vient qu’il sera possible de contrôler en temps réel. Commandé par induction magnétique, le système est relié à une source électrique, portée par le patient. «Cependant, les fils qui amèneront le voltage aux anneaux ne seront pas, eux non plus, en contact avec le sang», précise Yves Perriard, directeur du Laboratoire d’actionneurs intégrés (LAI) de l’EPFL.
Ce système ne remplacera pas le pacemaker lorsque le recours à celui-ci est inévitable. «Mais il ouvre une fenêtre entre les soins au moyen de médicaments et la prothèse. En utilisant ces anneaux, nous pouvons soulager le cœur et l’aider à se soigner, si la maladie est traitée assez tôt. Et, pourquoi pas, l’enlever une fois le cœur rétabli. C’est un procédé unique au monde.»
Il porte ce projet depuis quatre ans, avec deux collaborateurs, mais ce n’est qu’en décembre, lorsque le soutien financier de la Fondation Werner Siemens a été confirmé, que le Centre pour muscles artificiels a vraiment pris son envol. «En six mois, nous avons installé le laboratoire pour effectuer les tests sur des aortes artificielles, ainsi que la salle blanche où sont fabriqués les polymères.» Il compte aujourd’hui dix collaborateurs.
L’implantation du Centre pour muscles artificiels à Neuchâtel reflète le savoir-faire de la région, a pour sa part rapporté le conseiller d’État neuchâtelois Jean-Nathanaël Karakash. «La précision et la miniaturisation sont dans l’ADN de notre région, et ce savoir, né avec l’horlogerie il y a 350 ans, est aujourd’hui transféré dans les nanotechnologies et la medtech.»

Douze millions de francs

La Fondation Werner Siemens soutient «des projets qui œuvrent en faveur du bien commun, via la recherche scientifique et technologique, et celui-ci correspond tout à fait à cette philosophie», a déclaré l’un de ses membres, Olivier von Seidel. Elle finance le centre à hauteur de 12 millions de francs, dont une première tranche de 4 millions sur quatre ans. Après les tests sur banc d’essai, l’équipe du professeur Thierry Carrel implantera l’anneau sur des animaux, très probablement des cochons. Les résultats seront alors présentés à la fondation. S’ils sont concluants, la recherche se poursuivra jusqu’à l’application sur l’être humain.

Chirurgie faciale

Dans une deuxième phase, la même technologie sera utilisée pour la reconstruction faciale, en collaboration avec le docteur Nicole Lindenblatt, de la Clinique de chirurgie plastique et reconstructive de l’Hôpital universitaire de Zurich, afin de redonner des expressions aux personnes victimes d’accidents, comme les grands brûlés. Un troisième champ d’application est programmé pour les sphincters urinaires.
«Le muscle, l’un des quatre tissus fondamentaux, est très difficile à reconstituer une fois détérioré, raison pour laquelle cette nouvelle technologie est si importante», insiste Thierry Carrel. Et de rappeler que 23% de la population est concernée par des dysfonctionnements de la vessie et que 35% des décès dans le monde sont dus à des accidents cardiovasculaires.

Ivan Radja

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