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La médecine surfe sur le nerf vague

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  Lundi 30 Juillet, 2018

La stimulation de ce lien entre le cerveau et les organes est utilisée pour soigner l’épilepsie. Et pourrait soulager certaines maladies inflammatoires.

Il est surtout connu pour être à l’origine du malaise vagal (lire ci-dessous). Mais le nerf vague ne se résume pas à cette perte de connaissance. Il joue un rôle très important, puisqu’il assure la communication entre le cerveau et différents organes. En outre, sa stimulation peut avoir une action thérapeutique.
Ce nerf crânien – le dixième sur douze, en partant de l’arrière du crâne – prend donc naissance dans le cerveau et passe ensuite par le tronc cérébral, «que l’on peut comparer à un standard téléphonique rempli de câbles», explique le Pr Andrea Rossetti, médecin adjoint au service de neurologie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Puis, descendant dans le corps, il innerve les poumons, le cœur, le foie, l’estomac, la rate et les intestins. À travers lui, le cerveau contrôle le fonctionnement de ces organes qui, à leur tour, l’utilisent pour envoyer des messages au cerveau l’informant de leur état mécanique ou chimique. Il est, en fait, «responsable des viscères situés entre le haut du thorax et les deux tiers du côlon», précise le neurologue.
Cet acteur important du système nerveux autonome (qui règle certaines fonctions automatiques de l’organisme) intervient notamment sur le ralentissement du rythme cardiaque, sur la dilatation des vaisseaux à l’intérieur des organes, ainsi que sur les mouvements autonomes de l’estomac et des intestins. Via l’une de ses branches, le nerf récurrent qui remonte dans le larynx, il est aussi responsable «de la motricité des cordes vocales et, s’il est lésé, il donne une voix rauque». Accessoirement, il joue aussi un rôle «dans la sensibilité de la peau du canal auditif externe, ce qui explique que, lorsqu’on se gratte derrière l’oreille, on a parfois envie de tousser».

Réduire la fréquence des crises d’épilepsie

La stimulation électrique du nerf vague (SNV) à des fins thérapeutiques est née dans les années 1980, quand un neuroscientifique américain, Jacob Zabara, a constaté que la pratique faisait cesser les crises d’épilepsie chez des chiens. Les essais réalisés sur des humains s’étant révélés positifs, la méthode est maintenant utilisée en clinique pour traiter des patients souffrant d’épilepsie chez lesquels les autres traitements disponibles n’ont pas donné de résultats satisfaisants. «Dans le monde, plus de cent mille personnes ont été traitées de cette manière», précise Andrea Rossetti.
Le dispositif utilisé consiste en un petit générateur implanté sous la peau, au niveau de la poitrine. Il est muni d’une fine électrode que l’on enroule autour du nerf vague et qui envoie des impulsions électriques de faible intensité pendant des périodes très brèves (entre un quart et une demi-milliseconde, vingt à trente fois par seconde). «On stimule généralement le nerf vague pendant trente secondes toutes les cinq minutes, mais on peut varier ce rythme».
Seule «la moitié des patients répond à cette stimulation», précise le neurologue. Mais dans ce cas, la technique est efficace puisqu’elle permet «de diminuer la fréquence et l’intensité des crises d’au moins 50%». En outre, qu’elle ait ou non des bienfaits sur la maladie, «elle augmente la vigilance et l’éveil qui sont souvent perturbés par les médicaments antiépileptiques».
Quant aux effets secondaires, ils se traduisent par des chevrotements dans la voix qui diminuent avec le temps, des fourmis dans la gorge, une envie de tousser et, plus rarement, une apnée du sommeil. Quelques cas de mort subite ont soulevé des inquiétudes. Toutefois, «une à dix personnes sur dix mille ayant une épilepsie pharmacorésistante et des crises convulsives généralisées meurent aussi ainsi chaque année, même en l’absence de stimulation, souligne Andrea Rossetti. Avec la SNV, qui réduit le nombre de crises, ce risque en fait diminue.»
Chez les personnes traitées pour l’épilepsie, on a par ailleurs aussi constaté que la stimulation du nerf vague a un effet antidépresseur. La technique est désormais parfois également utilisée, y compris en Suisse, dans le traitement en dernier recours de dépressions sévères résistantes aux traitements standard.

Un pouvoir anti-inflammatoire

Plus surprenant encore, la stimulation du nerf vague pourrait être utilisée dans le traitement de pathologies inflammatoires chroniques telles que la maladie de Crohn ou la polyarthrite rhumatoïde. Elle a en effet un pouvoir anti-inflammatoire que le neurochirurgien et immunologue américain Kevin Tracey a découvert «par accident», comme il l’a expliqué au mensuel «Sciences et Avenir». «Mon équipe et moi-même travaillions sur des médicaments anti-inflammatoires quand nous avons observé qu’il existait une connexion, inconnue jusqu’alors, entre le cerveau et les organes pour contrôler la réponse anti-inflammatoire.» Le médecin a ensuite compris que la connexion en question était assurée par le nerf vague. Cela a donné au gastro-entérologue Bruno Bonaz du CHU de Grenoble, en France, l’idée de tester la SNV chez des patients. Les résultats des premiers essais cliniques sont plus qu’encourageants, à en croire ses déclarations dans le magazine français en juin dernier: «Pour la première fois au monde, la stimulation du nerf vague a permis d’éliminer les symptômes de la maladie de Crohn, sans médicament.»
«Ces données sont très intéressantes», commente Thomas Hügle, chef du service de rhumatologie du CHUV. Mais il remarque que «pour l’instant, on ne sait pas si cela vaut la peine d’avoir recours à cette technique, invasive et coûteuse, alors qu’on dispose de nouveaux médicaments, dits biologiques, qui sont très efficaces contre les maladies chroniques inflammatoires». Le rhumatologue n’exclut pas toutefois que la SNV, dont l’emploi dans cette indication «est encore très expérimental», puisse être utile en dernier recours, «lorsque tous les traitements courants ont échoué».
Quoi qu’il en soit, la stimulation électrique du nerf vague suscite un grand engouement. On envisage déjà de l’utiliser pour soulager les douleurs, limiter les hémorragies ou encore traiter le diabète, l’obésité et même des cancers. Signe que le nerf vague est en train d’étendre ses ramifications dans de multiples domaines de la médecine.

Un homme passe du coma à un état de conscience minimale

L’affaire a fait grand bruit. En 2016, des chercheurs et médecins français d’un hôpital lyonnais ont stimulé le nerf vague de Guillaume T., 35 ans. Plongé dans le coma depuis quinze ans à la suite d’une lésion cérébrale, l’homme est alors passé à un état de conscience minimale. Il pouvait répondre à des ordres simples et suivre par exemple un objet des yeux ou tourner la tête, ce qu’il était incapable de faire auparavant.
La simulation du nerf vague (SNV) permettrait-elle de faire sortir quelqu’un du coma? Andrea Rossetti, médecin adjoint au service de neurologie du CHUV, émet quelques réserves: «Ce cas est resté unique, alors que cela fait plus de vingt ans qu’on utilise la SNV pour traiter l’épilepsie, remarque-t-il. En outre, on sait que cette technique augmente la vigilance et l’éveil et, dans ce cas précis, l’impact de la stimulation sur l’éveil du patient est restée très modeste.»
Le neurologue du CHUV trouve toutefois cette expérience «intéressante et sans doute prometteuse». Quant à l’équipe lyonnaise, elle ne pourra pas savoir si l’état de Guillaume T. aurait pu s’améliorer, puisque l’homme est décédé depuis des suites d’une infection sans lien avec l’intervention. Mais l’équipe est déjà à l’origine de nouveaux essais cliniques.

Elisabeth Gordon en collaboration avec planetesante.ch

 

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