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Pour survivre à un infarctus, mieux vaut être soignée par une femme

  Mercredi 8 août, 2018

Pourquoi les femmes survivent-elles moins fréquemment que les hommes suite à une maladie cardiovasculaire? La réponse résiderait dans le sexe du médecin qui prodigue les premiers soins.

Salaires, reconnaissance professionnelle et sociale… Les inégalités en défaveur des femmes ne sont plus à démontrer. Les iniquités dépassent toutefois ces quelques exemples et se retrouvent parfois sur des terrains plus inattendus, tels que la santé.
Les résultats de travaux parus le 6 août dans la revue PNAS en sont une illustration. Tout en confirmant que les femmes survivent moins bien que les hommes suite à une crise cardiaque ou un infarctus, un phénomène récurrent en cardiologie, ils concluent qu’une telle disparité se produit uniquement lorsque les patientes sont prises en charge aux urgences par des médecins masculins.
C’est la conclusion à laquelle est parvenue l’équipe de Brad Greenwood de l’Université du Minnesota à Twin Cities après s’être penchée sur les données médicales de plus de 500 000 personnes admises pour défaillance cardiaque aux urgences des hôpitaux de Floride entre 1991 et 2010.

«Gender gap»

Le «gender gap», soit la disparité entre hommes et femmes, est bien connu des cardiologues. En 1912, lorsque James Herrick décrivit pour la première fois la maladie coronarienne (lorsque s’obstruent les vaisseaux cardiaques, provoquant un infarctus), elle n’était, aux yeux du corps médical, qu’une maladie masculine. Avec le temps, les médecins se rendirent compte qu’elle frappait également les femmes. Elle est même la principale cause de décès chez les deux sexes dans les pays occidentaux.
Hommes et femmes ne sont cependant pas logés à la même enseigne. Après un tel accident cardiaque, 36% des hommes américains meurent ou subissent un nouvel infarctus ou un accident vasculaire cérébral, contre 47% chez les femmes, d’après un article paru en 2016 dans la revue Circulation.
Comment expliquer ces variations? Les hommes sont touchés plus jeunes que les femmes, vers 65 ans en moyenne, contre 72 ans pour la gent féminine. La cause exacte en demeure obscure, si bien que les médecins en sont réduits à formuler des hypothèses: les hommes auraient une moins bonne hygiène de vie, tandis que les femmes bénéficieraient d’une protection liée aux hormones avant la ménopause.

Symptômes atypiques

Le fait que les femmes sont atteintes à un âge plus avancé, et donc généralement à un moment où elles souffrent déjà de plusieurs pathologies, a longtemps été mis en avant pour expliquer leur mortalité plus élevée. D’autres travaux ont souligné qu’elles attendaient significativement plus longtemps que les hommes avant de se rendre à l’hôpital: 54 heures en moyenne, contre 16 chez les hommes. Enfin, la présence chez les femmes de symptômes dits atypiques car non observés chez les hommes (nausées, vertiges, fatigue intense…) a été suspectée de mener les médecins sur de fausses pistes.
Dans l’étude parue ce lundi, les auteurs ont émis l’hypothèse que le sexe du médecin pouvait compléter la liste de ces explications. Pour chaque cas, ils ont examiné la mortalité des patients en fonction de leur genre et de celui des médecins qui les ont initialement pris en charge aux urgences. Alors que la mortalité globale se chiffre à 11,9%, il apparaît qu’elle tombe à 6,5% lorsque patientes et médecins sont de sexe féminin, des conclusions aussi intrigantes que spectaculaires.

L’avis des cardiologues suisses

«Sans remettre en question la valeur statistique de ces données, on peut s’interroger sur la validité de ces résultats en dehors de la Floride», relève Olivier Muller, chef de service de cardiologie au Centre hospitalier universitaire vaudois. Aux Etats-Unis, les distances séparant domicile et hôpital sont en effet bien supérieures à celles d’un petit pays comme la Suisse, si bien que les patients arrivent vraisemblablement aux urgences après un plus long délai. «Il faudrait reproduire ces travaux dans d’autres endroits et comparer les résultats», poursuit-il.
Son confrère Marco Roffi, cardiologue aux Hôpitaux universitaires de Genève, demeure sceptique quant à l’importance du sexe du médecin urgentiste, «un premier maillon d’une longue chaîne de soins effectuée par des équipes médicales réunissant les deux sexes».
En Suisse, de telles disparités hommes/femmes existent également, signale-t-il, mais elles tendraient à s’estomper: «Ces vingt dernières années, la mortalité suite à un infarctus du myocarde a diminué de 50%, et de manière plus spectaculaire encore chez les femmes.» En cause, d’après lui, les progrès thérapeutiques en termes de médicaments, de prise en charge, de prévention et d’hygiène de vie. «Il faut néanmoins viser une meilleure identification des symptômes atypiques féminins, aussi bien par les patientes, qui se rendront plus rapidement à l’hôpital, que par les médecins.»

Fabien Goubet

 

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