< | >

L’autotest du VIH s’avère fiable et facile à utiliser

  Mercredi 5 septembre , 2018

Un dispositif de dépistage du VIH est disponible dans les pharmacies du pays depuis lundi. Nous l’avons testé avec un expert.

On a beau n’avoir aucune raison d’être diagnostiqué séropositif, l’angoisse monte. Quinze minutes à scruter l’apparition d’un potentiel trait rouge. Des idées absurdes viennent: «Si le fabricant du couteau avec lequel je me suis coupé s’est lui-même coupé avec ce couteau, ne l’a pas nettoyé et est porteur du VIH?» Heureusement, avant de pouvoir imaginer les façons les plus improbables de contracter le virus, les quinze minutes ont passé et la bande rouge n’est toujours pas apparue.
Ce test est le premier des trois nouveaux examens de dépistage du VIH autorisés en Suisse. Leur particularité: ils s’effectuent seul, sans aide ni encadrement. L’«autotest VIH» distribué par Mepha est en vente en pharmacie depuis le 3 septembre, pour une cinquantaine de francs. Les deux autres seront disponibles ultérieurement. À terme, le dépistage pourrait être disponible dans de nombreux points de vente. Les distributeurs automatiques pourraient les fournir, au même titre que les tests de grossesse.

Les plus de 50 ans visés

Florent Jouinot, coordinateur romand de l’Aide Suisse contre le sida (ASS), nous accompagne durant notre autotest. Selon lui, il s’agit d’un outil complémentaire à ceux déjà existants. «On espère que cette nouvelle manière de se dépister permettra de toucher d’autres cibles, annonce-t-il. Par exemple les hommes de plus de 50 ans, qui n’ont pas l’habitude d’utiliser un préservatif et qui peuvent contracter le virus après un divorce ou en se rendant à l’étranger.»
La Suisse dispose donc d’un dispositif supplémentaire pour atteindre un objectif fondamental: que chacun connaisse son statut sérologique. Mais Florent Jouinot ne s’attend pas à une révolution pour autant. «En France, l’autotest est disponible depuis 2015. Or en 2016, sur les 5,4 millions de dépistages effectués, seuls 74 000 examens étaient des autotests.»

Fiabilité proche de 100%

D’un point de vue pratique, l’autotest VIH est simple à utiliser. «La facilité d’utilisation était un des points nécessaires pour que le produit soit autorisé, dans le but d’éviter de fausses manipulations qui dénatureraient le résultat», rappelle le coordinateur romand de l’ASS.
Dans l’emballage, un guide détaillé explique comment utiliser l’autotest. Seul hic: il n’est disponible que dans les trois langues nationales. «Certains migrants sont particulièrement exposés au VIH, car il n’est pas ou peu combattu chez eux, explique Florent Jouinot. Il serait donc important pour certains d’entre eux de disposer d’instructions en anglais.»
Cet obstacle franchi, l’autotest VIH débute par une désinfection du doigt à l’aide d’une lingette d’alcool. L’utilisateur peut alors se piquer le doigt sans trop souffrir grâce à un «autopiqueur» inclus. Il ne lui reste plus qu’à aspirer plusieurs fois la gouttelette de sang qui se forme sur le doigt, au moyen de la pipette qui contient l’autotest. Attention, cette étape est fondamentale. «La visibilité de la bande indiquant la présence du VIH dépend de la quantité de sang, indique le coordinateur de l’ASS. S’il n’y en a pas assez, le trait pourrait ne pas bien s’afficher, faussant le résultat.»
Dernière étape avant le résultat final, il faut enfoncer le bout de l’autotest gorgé de sang dans une dosette de diluant. C’est la réaction du sang avec cette substance qui déterminera le diagnostic, qui tombe après quinze minutes.
À côté du trait de contrôle, si une autre bande rouge se révèle, le test est qualifié de «réactif» et le virus est dans l’organisme. Si la barre n’émerge pas, l’utilisateur peut se rassurer… mais pas totalement. En effet, l’autotest VIH ne détecte le virus que si celui-ci est présent depuis plusieurs semaines dans le corps de l’utilisateur. «Il faut attendre trois mois pour pouvoir véritablement écarter le risque d’infection, met en garde Florent Jouinot. Certains patients viennent me voir le lendemain d’un comportement à risque. C’est beaucoup trop tôt pour un test! Ce que je conseille généralement, c’est d’avoir recours à un dépistage une première fois après 3 à 4 semaines. C’est à ce moment que la plupart des cas se révèlent. Si le test n’est pas réactif, comme dans tous les dépistages, on devrait procéder à un deuxième autotest après trois mois, pour confirmer la séronégativité.»
Que faire si la bande rouge redoutée apparaît? «Dans ce cas, il faut procéder à un autre test de dépistage en clinique, plus précis et plus onéreux, pour confirmer l’infection. C’est une mesure que l’on prend après tous les examens réactifs, qu’ils soient effectués chez un médecin ou dans un centre de dépistage.» Car même si le taux de fiabilité annoncé par Mepha atteint 99,1 à 100%, le risque d’erreur existe.

Massimo Greco

Dommage que la Suisse ne l’ait pas fait plus tôt

Nous sommes ravis que ces autotests soient vendus. C’est dommage que la Suisse ne l’ait pas fait plus tôt», s’exclame Alexandra Calmy, responsable de l’Unité VIH/sida aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et membre de la Commission fédérale pour la santé sexuelle. En 2013, cette commission s’était opposée à une telle commercialisation. Des craintes étaient exprimées sur la fiabilité, ou sur la réaction des personnes qui se découvriraient séropositives. «Les débats ont été intenses. Notre commission a estimé qu’on pouvait attendre de voir les résultats obtenus à l’étranger», résume Alexandra Calmy.
Ces produits se sont généralisés dans le monde et depuis décembre 2016, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande leur utilisation. En les autorisant, nos autorités sanitaires espèrent approcher de nouvelles personnes. On estime en effet qu’en Suisse, un cinquième des gens infectés l’ignorent. «Des études menées à l’étranger confirment que les autotests augmentent la fréquence et le recours aux services de dépistage et touchent donc un public différent. En Suisse, cela fonctionnera si cette commercialisation est accompagnée de campagnes de promotion et si le prix est suffisamment attractif.»
La médecin conclut que ces autotests ne sont pas dangereux, mais qu’il est indispensable de consulter un médecin lorsque le test est réactif (positif). «Les gens doivent savoir que les professionnels sont prêts à les accompagner.» Dernier conseil: ces produits se trouvent aussi sur Internet, mais il est recommandé de les acheter en pharmacie ou en droguerie, pour bénéficier d’un conseil personnalisé et éviter les contrefaçons.

C.Z

< Retour à la liste