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L’argent versé par un assureur met des élus dans l’embarras

  Vendredi 28 septembre, 2018

Philippe Nantermod fait volte-face et refuse d’intégrer le groupe de réflexion du Groupe Mutuel. Réactions de membres romands.

«Ça rapporte 10 000 francs par année […] sur cinq ou six séances.» Cette phrase, prononcée par le conseiller national Philippe Nantermod, a enflammé le débat de l’émission «Infrarouge», mercredi soir, sur RTS1. L’élu valaisan faisait référence à des séances de réflexion payées par le Groupe Mutuel aux parlementaires, auxquelles il devait participer. Les chiffres ont beau être publics, ils ont marqué les internautes.
«Inacceptable», «scandaleux», «affligeant»… L’existence du groupe de réflexion composé d’une dizaine d’élus a suscité un déluge de commentaires sur Facebook. Le lendemain matin, Philippe Nantermod avouait avoir «commis une erreur en acceptant l’invitation pour un groupe de réflexion rémunéré pour une assurance maladie» et annonçait faire machine arrière: «Dans ces conditions, j’ai décidé de renoncer.»
Sur le plateau d’«Infrarouge», Pierre-Yves Maillard a attaqué Philippe Nantermod. «Deux mille francs pour une journée de séance, ce n’est juste pas acceptable!» s’indignait le ministre socialiste vaudois. Et de mettre cette somme en comparaison avec le revenu mensuel d’une mère célibataire évoquée dans l’émission, soit 4800 francs. Sur le moment, le vice-président du PLR n’a pas semblé s’en émouvoir, et le débat s’est poursuivi.
Mais les arguments du socialiste ont touché Philippe Nantermod. «J’ai trouvé que ce que disait Pierre-Yves Maillard était juste, confie-t-il. Il y a un côté indécent à gagner cet argent alors que d’autres n’arrivent pas à régler leurs factures.» Le parlementaire affirme avoir déjà eu des doutes quant à sa participation au groupe de réflexion. Il avait finalement accepté, notamment parce que l’assureur a une importance particulière pour le Valaisan. «Dans mon canton, le Groupe Mutuel est un gros pourvoyeur d’emplois», explique Philippe Nantermod. Jusqu’à la volte-face de jeudi matin.
Céline Amaudruz (UDC/GE) devait elle aussi faire partie de ce groupe de réflexion. La conseillère nationale affirme avoir demandé à ne pas être rémunérée, ce que l’assureur aurait refusé, puisque les membres du groupe signent une charte et doivent donc tous être traités de la même manière. Pour pallier cette situation, la Genevoise a proposé de reverser l’indemnisation à une association. Mais elle est finalement revenue à sa première demande: soit il n’y a pas de versements, soit elle ne sera pas membre du groupe de réflexion.
«Je rejoins Philippe Nantermod, s’explique Céline Amaudruz. La population pourrait penser que je ne pourrais pas rester neutre, même si l’indemnisation était reversée. On ne peut plus rien accepter aujourd’hui. Je ne l’ai jamais fait et je ne le ferai jamais.» La Genevoise ne sera pas membre du groupe de réflexion, mais participera aux séances en tant que simple invitée. Son nom a été effacé jeudi soir de la liste des membres du groupe de réflexion sur le site internet du Groupe Mutuel.

«Ce n’est pas un cadeau»

Alors, forcément corrompus, ceux qui acceptent les indemnisations de ce genre de groupe de réflexion? «Pas du tout, réplique Philippe Nantermod. Je suis persuadé que j’aurais pu participer à ces séances tout en gardant mon indépendance. Mais être effectivement indépendant ne suffit plus. Il faut désormais donner l’impression de l’être aussi, afin de garder la confiance de la population.»
Parmi les Romands présents dans le fameux groupe de l’assureur, on compte Olivier Français (PLR/VD), qui y siège depuis deux ans. Même s’il comprend le raisonnement du vice-président de son parti, la réponse du conseiller aux États est limpide. «Monsieur Nantermod ne peut pas faire l’analyse d’un groupe de réflexion auquel il n’a jamais participé. Les membres doivent prendre connaissance de dossiers, puis donner leur avis en tant qu’experts. Il ne s’agit pas de rester assis toute la journée. Cet argent n’est pas un cadeau et la plupart des membres reversent leurs indemnités à des associations ou à des œuvres de bienfaisance.»
Le Groupe Mutuel prend acte de la décision de Philippe Nantermod et précise l’objectif de son groupe de réflexion. «Le but est d’informer les parlementaires, précise Stéphane Andenmatten, responsable de la communication. Ce groupe de réflexion nous semble une manière transparente de fonctionner puisque nous publions la liste des membres ainsi que leur rémunération.»

Massimo Greco

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