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«Des quartiers échappent à la mammographie»

  Mardi 2 octobre, 2018

Une étude, menée par les HUG et l’EPFL, démontre des inégalités spatiales au niveau du dépistage du cancer du sein.

Dans le dépistage du cancer du sein, toutes les femmes ne sont pas égales. «À Genève, 85% d’entre elles se font régulièrement contrôler*, mais des quartiers entiers échappent à la mammographie», constate Idris Guessous, chef de service de médecine de premier recours aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Parmi eux, le centre-ville et la Jonction, côté Rive droite, mais aussi des quartiers suburbains comme ceux de Vernier, Meyrin ou Onex.
C’est une récente étude dirigée par Idris Guessous, dont la RTS vient de se faire l’écho, qui atteste de ces disparités environnementales.
Menée par les HUG et l’EPFL (laboratoire Lasig) auprès de 5000 résidentes genevoises entre 50 et 74 ans, cette réflexion permet pour la première fois de dresser une carte de la prévention, où l’on peut distinguer des îlots de non-adhérence au dépistage. «Ces «clusters» (ndlr: grappes en français) représentent un signal fort nous indiquant qu’il y a une relation spatiale au niveau des comportements, explique le Pr Guessous. Grâce à eux, on peut identifier très clairement les endroits où les femmes participent collectivement ou pas au dépistage du cancer du sein.»
Le statut socio-économique joue un rôle important: les quartiers les moins propices à la mammographie ont, en général, un revenu médian et un niveau de formation plus bas que la moyenne. Mais la proximité géographique semble aussi déterminante, suppute le chef de service de médecine de premier recours des HUG: «On peut imaginer que les rencontres et les échanges entre voisines d’un même quartier influencent leur comportement en matière de santé.»
Et maintenant? «Cette carte du dépistage nous a permis de rendre visibles des impressions et parfois des légendes urbaines. Nous devons à présent mieux les comprendre pour pouvoir corriger le tir et effacer les clusters», ambitionne le médecin.
L’objectif n’est pas que toutes les femmes fassent une mammographie mais «qu’elles reçoivent l’information qui leur permette de prendre cette décision individuelle. Nous devons nous assurer que leur choix ne repose pas sur un manque d’information.»
Et le Pr Guessous d’insister sur l’aspect financier: «Dans les centres de programme, le prix d’une mammographie est accessible, mais certaines femmes n’osent peut-être pas s’absenter de leur travail pour cela. Elles peuvent aussi renoncer à faire un dépistage, redoutant une catastrophe économique en cas de maladie.»

Laurence Bézaguet

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