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La responsabilisation exige la transparence

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  Lundi 1er octobre, 2018

Après nous avoir prédit des hausses de primes de 4%, selon le timing estival habituel, nos assureurs maladie spéculent sans doute sur un soulagement généralisé, après l’annonce de ce début de semaine. Il est vrai que la baisse des primes des jeunes adultes, voulue par le parlement fédéral, va soulager les familles qui ont des enfants en études, et que la hausse pour les enfants et les adultes est moins importante qu’à l’accoutumée.
Cependant, au-delà de ces chiffres, c’est bien plutôt le niveau des réserves de nos assureurs qui interpelle. Rappelons que nous avons depuis 2017 une loi sur la surveillance de l’assurance ma-ladie sociale, dont la fonction était d’éviter que se renouvelle le scandale qui avait vu les assurés de neuf cantons suisses, dont Genève, verser des primes surfaites, qui avaient bénéficié à d’autres, et cela de 1996 à 2013. Cette loi était ressortie du parlement dans une version extrêmement «light», après que les lobbyistes fédéraux eurent opéré leur besogne. Ainsi, désormais, lorsque les assureurs ont fixé des primes trop élevées, en estimant à tort une hausse des coûts supérieure à la réalité, ils peuvent librement décider de rembourser tout ou partie de cette différence, ou d’en tenir compte pour compenser des hausses futures. Vous avez bien lu: «peuvent» et non pas «doivent». Et l’Office fédéral de la santé publique, autorité de surveillance, ne peut rien exiger. C’est ainsi que nos assureurs sont aujourd’hui assis sur un magot de 8,4 milliards, dont 3,8 milliards au-dessus du minimum requis. Alors que l’on peut déjà s’interroger légitimement sur l’utilité d’une masse de 4,6 milliards de réserves alors qu’il suffirait de constituer un fonds unique national moins fourni, et destiné à garantir les fluctuations imprévues des coûts, plutôt que de permettre à chaque assureur de constituer sa propre réserve, il est injustifiable que des familles souffrent, que les cantons augmentent année après année leurs subsides pour garantir l’aisance de nos assureurs. Le problème majeur est ici politique. Certes les lobbys des assureurs sont puissants à Berne, mais pire encore, contrairement aux autres assurances sociales (AVS, AI, Assurance chômage notamment) nos parlementaires n’ont pas à se préoccuper d’éventuels déficits ou, pire, de renflouer les caisses pour garantir la pérennité des prestations.
Dans la LAMal, il suffit d’adapter la facture (nos primes), et tout continue. Mais pendant combien de temps? Oui nous devons lutter efficacement contre la hausse constante des coûts liés aux soins. Oui nous devons davantage encore favoriser la qualité plutôt que la quantité. Mais avant toute chose, nous ne pourrons pas responsabiliser tous les acteurs, tant que l’utilisation de notre argent restera opaque et que nous laisserons à des assureurs le soin de présenter une facture qui ne reflète pas très exactement ce que nous aurons «consommé». La seule solution: une caisse de compensation cantonale. Signez l’initiative sur primesplusjustes.ch!

Invitée: Françoise Sapin/Députée MCG

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