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L’aspirine protège-t-elle de l’infarctus?

  Samedi 6 octobre, 2018

C’est prouvé: si on est en bonne santé, prendre de l’aspirine régulièrement pour prévenir les accidents cardiovasculaires fait plus de mal que de bien. Elle est toutefois recommandée aux plus de 55 ans qui ont déjà eu un infarctus ou un AVC.

Rares sont ceux qui n’ont jamais pris d’aspirine pour soulager un mal de tête ou des douleurs musculaires, ou encore pour combattre la fièvre ou une inflammation. Ce médicament est en effet connu depuis longtemps pour ses effets antalgiques et anti-inflammatoires. Dans les années 70, un nouvel horizon s’est ouvert à l’aspirine quand on a découvert qu’elle empêche l’agrégation des plaquettes sanguines. «Lorsque vous vous coupez, ces composants du sang se collent à la brèche et s’agglutinent pour arrêter le saignement», explique Pierre Fontana, responsable de l’Unité et du Laboratoire d’hémostase aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Ce mécanisme évite les saignements, mais en cas de maladie cardiovasculaire, il joue un rôle néfaste. En effet, quand des plaques de cholestérol accumulées sur la paroi interne d’une artère se brisent, les plaquettes s’y agrègent et bouchent complètement le vaisseau, provoquant un infarctus du myocarde ou un accident vasculaire cérébral (AVC).
De là est née l’idée de tirer parti des propriétés antiplaquettaires de l’aspirine pour prévenir ces accidents cardiovasculaires. Certains médecins conseillent ainsi à leurs patients de plus de 55 ans de prendre quotidiennement un cachet de médicament à faible dose – en Suisse, dans la grande majorité des cas, il s’agit de 100 mg, soit cinq fois moins que ce que renferment les comprimés habituellement utilisés pour soulager la douleur.

Un important prix à payer

Est-ce vraiment efficace? Tout dépend de l’état de santé cardiovasculaire des personnes auxquelles on s’adresse. Donner de l’aspirine en prévention primaire, c’est-à-dire à des individus qui n’ont jamais souffert d’infarctus ou d’AVC, «n’est pas recommandé par les dernières directives de la Société européenne de cardiologie», souligne Marco Roffi, chef de service suppléant au Service de cardiologie des HUG et responsable de l’Unité de cardiologie interventionnelle. Car si l’aspirine diminue légèrement la survenue d’infarctus et d’AVC, «le prix à payer est une augmentation du risque d’hémorragies gastro-intestinales». Les bénéfices étant modestes et les effets indésirables importants, «cela fait plus de mal que de bien», résume Pierre Fontana. C’est ce qu’a d’ailleurs confirmé l’étude internationale ARRIVE, publiée en août dernier, au cours de laquelle l’aspirine a été testée en prévention primaire pendant cinq ans auprès de 12 500 personnes de plus de 55 ans ayant un risque cardiovasculaire faible ou modéré.

Elisabeth Gordon en collaboration avec planetesante.ch

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