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Les primes sont-elles fixées par la bourse? (édito de La Lettre de l’AMGe d’octobre 2018)

La comparaison entre l’évolution des primes d’assurance-maladie au cours des dernières années et celle de la bourse pendant la même période laisse apparaitre une tendance explicite et saisissante. Vous trouverez ci-dessous les graphiques de l’évolution des primes et de la bourse depuis 20 ans. Les courbes se suivent avec un décalage toujours identique dans le temps. Des résultats boursiers favorables l’année précédente (comme l’an passé) entraînent une hausse des primes d’assurance-maladie moindre. Inversement, une mauvaise année boursière aboutit à une hausse des primes importante. Le cycle est perpétuel et est indépendant des assurés, des prestataires de soins ou des institutions. Il n’est lié qu’à la bourse.

Strupler confirme le lien étroit entre l’état de santé de la bourse et le devenir des primes

Lors de l’émission Infrarouge du 28 septembre 2016 «Primes-maladie: jusqu’à quand serons-nous tondus?», en réponse à une question de Mme Esther Mamarbachi, M. Pascal Strupler, Directeur de l’Office fédéral de la santé publique depuis 2009, affirme en direct que les primes 2017 seront nettement à la hausse en raison d’un marché boursier mauvais l’année précédente qui nécessite que l’on effectue un rattrapage conséquent. La démonstration est faite, la messe est dite et le mécanisme démontré. L’assuré est pris pour un pigeon.

Poggia s’insurge contre l’excès des réserves

Comme chaque automne, les primes d’assurance-maladie sont à la hausse, cette année encore. Cette nouvelle hausse, quoique moindre, a été dénoncée dans un communiqué de presse éloquent par la Société vaudoise de médecine, chiffres à l’appui. Cette situation a fait dire à notre magistrat en charge de la santé dans la Tribune de Genève du 24 septembre dernier: «on appauvrit les gens, alors que l’on est assis sur un tas d’or». Les assureurs ont actuellement 8.4 milliards de francs de réserves, somme largement supérieure aux obligations fixées dans la loi. Ces réserves, cantonales par leur paiement via les primes d’assurance-maladie fixées au niveau cantonal, deviennent nationales et échappent ainsi au citoyen. Les Genevois attendent toujours le remboursement complet des primes payées en trop précédemment.

Quelles actions sont dans les mains des assureurs?

L’assuré paie des primes, l’argent arrive chez l’assureur qui n’est qu’un intermédiaire entre l’émetteur de la facture, le prestataire de soins ou l’institution, et l’assuré. Une partie de l’argent accumulé est investi en bourse, ce qui a été confirmé. On peut donc raisonnablement se poser la question du type de portefeuille en mains des assureurs. Par exemple, les assureurs-maladie ont-ils des actions dans le monde des médias, de l’armement, des cigarettiers? La question mérite de la transparence car il serait difficile de comprendre des placements contraires à l’éthique et à la morale.

Non aux pleins pouvoirs des assureurs

A l’heure de voter sur le texte de loi concernant la surveillance des assurés, que l’AMGe combattra avec force le 25 novembre prochain tant ce projet de loi constitue une violation de la sphère privée et une nouvelle tentative de donner les pleins pouvoirs aux assureurs, on peut s’interroger sur la considération qu’ont les assureurs des citoyens. La santé et les assurés ne sont pas des marchandises. L’humain, dans toute sa dignité, doit être respecté. La loi proposée a été soutenue par l’ensemble des parlementaires proches des assureurs-maladie et des assureurs perte de gain ou responsabilité civile. Il est temps de stopper le lien incestueux entre ces parlementaires et les assureurs et de soutenir avec force l’initiative populaire fédérale «Pour un parlement indépendant des caisses-maladie». Cette initiative permettra le débat autour de cette question et fera avancer les mentalités. A l’image du parlementaire M. Philippe Nantermod qui a fait machine arrière il y a quelques jours en renonçant à des séances de réflexion payées par le Groupe Mutuel après avoir été apostrophé en direct sur la RTS par M. Pierre-Yves Maillard, il est de notre devoir de mettre un terme à ces dérives.

De la transparence

Le fait de jouer avec l’argent des citoyens et d’imputer aux primes les fluctuations des marchés financiers n’est pas acceptable et contraire à nos valeurs. A quoi serviraient alors les efforts entrepris par les patients, les médecins, les prestataires de soins, les hôpitaux et l’industrie pour freiner la hausse des coûts si les primes dépendent in fine de la santé des bourses mondiales? Le citoyen-assuré-payeur va de plus en plus exiger la transparence et nous ne pouvons qu’adhérer à ce mouvement salutaire.

Dr Michel Matter, Président de l’AMGe

Graphiques:

Evolution de la prime moyenne et de la prime standard 1997-2019 (source OFSP)

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