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Le pharmacien vaccine plus cher que le médecin

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  Mardi 23 octobre, 2018

Bien portant et désireux de se faire vacciner contre la grippe? Il vous en coûtera 47 francs en officine, contre 30 en cabinet pour le même service.

Est-il normal de facturer le même service 50% plus cher en pharmacie qu’en cabinet médical? Les avis sont partagés. Si vous souhaitez vous faire vacciner contre la grippe, vous débourserez 30 francs chez le médecin, contre 43 fr. 50 à 48 fr. 50 chez le pharmacien. Jugeant cet écart injustifié, l’Association des médecins de Genève (AMG) incite ses membres à ajuster leur tarif à la hausse.
Attention: il ne s’agit pas ici de la vaccination médicalement recommandée à certains patients (lire ci-dessous). Celle-ci, remboursée par l’assurance de base, se pratique toujours en cabinet médical. La variation de prix dont il est question ici vise les personnes bien portantes, de 16 à 65 ans, qui souhaitent se faire vacciner – afin d’éviter de tomber malades une semaine ou pour ne pas contaminer leur entourage, par exemple.
Dans ce cas, la personne peut choisir de se rendre au cabinet de son médecin ou en pharmacie. Certaines officines proposent en effet ce service depuis l’hiver dernier. «L’objectif est d’augmenter la couverture vaccinale globale», explique Véronique Crettol Bellanger, présidente de PharmaGenève, l’association faîtière qui regroupe 150 officines genevoises.
Encore récente, la démarche ne rassemble pour l’heure qu’une trentaine de pharmacies. Le prix de la vaccination a été établi en tenant compte de plusieurs critères, comme «les tarifs pratiqués dans d’autres cantons, le temps que le pharmacien consacre à ce geste et les aménagements qu’il doit réaliser dans son officine pour disposer d’un local approprié», précise Véronique Crettol Bellanger. Une fourchette allant de 43 fr. 50 à 48 fr. 50 a ainsi été établie.

Correct pour Mauro Poggia

Chez le médecin, la vaccination coûte 30 francs (produit et matériel compris). Ayant appris cette différence, le président des médecins de famille, Didier Châtelain, a fait part de son incompréhension à l’AMG, qui l’a relayée à Mauro Poggia, conseiller d’État responsable de la Santé.
Le magistrat a répondu, d’une part, qu’il ne pouvait pas intervenir dans les tarifs d’actes non couverts par l’assurance de base et, d’autre part, que le prix en pharmacie lui semblait «une rétribution correcte de l’acte». Interrogé, il précise que le pharmacien doit «rentabiliser sa formation et aménager un lieu correct pour vacciner les patients».
Didier Châtelain s’étrangle. «Nous ne voyons aucun problème à ce que les pharmacies contribuent à améliorer la couverture vaccinale contre la grippe. Mais serions-nous moins bien formés en plusieurs années que le pharmacien qui obtient cette autorisation après une formation de quelques jours? Nous ne voyons aucune raison pour que le même acte soit facturé moins cher chez nous qu’en pharmacie. La valeur du temps, les responsabilités et les compétences du médecin ne sont en tout cas pas inférieures à celles du pharmacien.»
L’argument ne fait pas fléchir Mauro Poggia: «Il est vrai que le tarif médical est inférieur, mais les praticiens facturent les cinq minutes précédant le vaccin puis le temps de la consultation qui suit. Finalement, le geste coûte plus cher que chez le pharmacien.» «Absolument pas, rétorque Didier Châtelain. La grande majorité des vaccins contre la grippe se font en dehors des consultations! Ils sont donc à ce jour facturés 30 francs tout compris.»
La seule hésitation de Mauro Poggia vient de la barrière que constituerait un prix trop élevé. «C’est le seul angle préoccupant à mon sens. Si l’on a permis aux pharmaciens de vacciner, c’est dans un but de santé publique. Leurs tarifs dissuadent-ils la population? Ce n’est pas le retour que j’ai pour l’instant.»

D’autres vaccins en vue?

Fin du débat? Pas tout à fait. Le président de l’AMG, Michel Matter, regrette cette prise de position: «Nous nous serions attendus à une autre réaction de M. Poggia. Le lobby des pharmaciens est visiblement plus puissant que celui des médecins de famille. Ce n’est pas fini: les pharmaciens voudront bientôt administrer d’autres vaccins, s’il leur suffit d’arriver sur un marché et de facturer 50% de plus… Ce qui nous navre, c’est le déséquilibre entre un discours qui prétend promouvoir et défendre la médecine de famille et la réalité d’une politique qui mine le revenu de ces médecins.» Ces derniers rehausseront-ils vraiment leur prix? Réponse cet hiver.

Le vaccin, en priorité pour les personnes vulnérables et leur entourage

Tout le monde peut se faire vacciner contre la grippe. Mais le geste est particulièrement recommandé à certaines personnes, que l’on peut regrouper en deux catégories.
Le premier groupe rassemble celles et ceux qui risquent de développer des complications en cas de grippe: il s’agit des personnes de plus de 65 ans, des femmes enceintes et celles ayant accouché au cours du dernier mois, des enfants prématurés (c’est-à-dire nés avant la 33e semaine ou pesant moins de 1500 g à la naissance) dès l’âge de 6 mois pendant les deux premiers hivers suivant la naissance, des personnes atteintes de maladie chronique (cardiaque, pulmonaire, neurologique, diabète, obésité, infection par le VIH, cancer, traitement immunosuppresseur). Les résidents des établissements médico-sociaux entrent aussi dans cette catégorie.
La vaccination est également vivement recommandée à un deuxième groupe de personnes qui, dans le cadre de leurs activités privées ou professionnelles, fréquentent régulièrement des individus de la première catégorie ou des nourrissons de moins de 6 mois (qui sont particulièrement à risque de complications et ne peuvent pas être vaccinés en raison de leur jeune âge).
À ce titre, le personnel médical, soignant et paramédical et les collaborateurs des crèches, des centres de jour, des EMS et des maisons de retraite (y compris les étudiants et les stagiaires) sont aussi encouragés à se protéger afin de ne pas nuire à autrui. Le médecin cantonal, Jacques-André Romand, relève toutefois que le taux de vaccination, même au sein de la population cible, demeure encore bas. «On prend encore trop à la légère cette maladie. Or, elle peut terrasser, aggraver des maladies chroniques, et on lui attribue même des décès.»

Sophie Davaris

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