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La FMH refuse d’élargir l’assistance au suicide

  Vendredi 26 octobre, 2018

Il était proposé d’autoriser dans son code de déontologie le suicide assisté en cas de souffrance insupportable.

La Fédération des médecins (FMH) ne reprendra pas les nouvelles directives de l’Académie suisse des sciences médicales (ASSM) sur l’assistance au suicide dans son code de déontologie. Réunie jeudi, sa Chambre médicale (le parlement de l’institution) a décidé d’en rester aux anciennes règles, selon lesquelles un tel geste est autorisé si un patient est en fin de vie. L’ASSM, elle, a adopté un nouveau critère, celui d’une «souffrance insupportable» qui doit être due aux symptômes d’une maladie ou d’une infirmité incurables.
«La décision a été prise à une large majorité, précise Michel Matter, deuxième vice-président de la FMH. Nous n’avons pas voté pour ou contre l’assistance au suicide, mais sur le fait de reprendre ou pas ces directives.» Le Genevois ajoute que la FMH souhaite poursuivre les discussions avec l’ASSM pour trouver «une solution satisfaisante».
Pour la FMH, le problème tient au fait que le terme de souffrance insupportable «renvoie à une notion juridiquement indéterminée, qui apporte beaucoup d’incertitude pour le corps médical». Michel Matter donne l’exemple d’un patient bipolaire. «Quand elle est dans une phase basse, une telle personne remplirait cette condition d’une souffrance insupportable, mais pas quand elle est dans une phase haute.» Pour lui, les médecins doivent protéger les patients les plus vulnérables et dont la situation n’est pas toujours claire. «En défendant ainsi les plus faibles, la FMH est en phase avec la société», conclut-il.
Samia Hurst, médecin et directrice de l’Institut Éthique Histoire Humanités de la Faculté de médecine de l’Université de Genève, qui a participé à l’élaboration de ces directives, regrette la décision de la FMH. «Ce critère de souffrances insupportables se retrouve dans plusieurs juridictions sur la mort volontaire. Je peux comprendre le malaise des médecins, car cette notion repose sur l’intime conviction du praticien, mais en cela elle reflète aussi la réalité.» Quant à l’exemple du patient bipolaire, elle le réfute: «Le Code pénal exige que la personne soit capable de discernement. Selon les nouvelles directives de l’ASSM, le discernement doit être systématiquement vérifié: c’est une protection accrue pour les personnes souffrant de problèmes psychiques. Elles exigent aussi une exploration systématique de la souffrance sociale et des moyens d’y répondre.»
Samia Hurst s’inquiète encore de savoir ce qu’il va désormais se passer. «Les médecins pratiquent déjà l’assistance au suicide en dehors des situations de fin de vie (ndlr: en accompagnant, par exemple, des personnes âgées atteintes de plusieurs pathologies). Les nouvelles directives de l’ASSM encadrent ces situations, alors que les anciennes ne le faisaient pas.»

Caroline Zuercher

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