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Ces médecins suisses qui sont en proie à des conflits d’intérêts

  Samedi-Dimanche 1er-2 décembre, 2018

Certains médecins suisses écrivent des articles scientifiques ou sont cités dans des communiqués des industriels sans déclarer les liens financiers qu’ils entretiennent avec eux.

Certains médecins suisses écrivent des articles scientifiques ou sont cités dans des communiqués des industriels sans déclarer les liens financiers qu’ils entretiennent avec eux. Et font l’éloge d’appareils qui se révèlent défectueux à peine quelques mois plus tard.
C’est par exemple le cas du chirurgien star Thierry Carrel. Dans un communiqué de presse de Medtronic, le cardiologue, chirurgien à l’Inselspital de Berne et à la Clinique Beau-Site du groupe Hirslanden, affirmait en 2014 que la valve cardiaque 3F Enable avait d’«excellents résultats». Or Thierry Carrel perçoit des honoraires de Medtronic en tant que conférencier et expert dans les workshops de l’entreprise. Cela n’est pourtant mentionné nulle part dans le document. Quatre mois après cette publication, l’entreprise a fait savoir que la valve cardiaque rencontre des problèmes, notamment qu’il peut arriver qu’elle se déplace.
Un an plus tard, Medtronic rappelle toutes ses valves. Aujourd’hui, Thierry Carrel reconnaît que le fabricant aurait dû préciser qu’il avait reçu des honoraires de Medtronic. «Je suis pour la transparence absolue», dit-il. Il s’agissait essentiellement de remboursement de frais, dit-il.
Pourtant, Thierry Carrel bénéficie parfois même directement de la vente d’un produit pour lequel il fait de la promotion dans la presse médicale spécialisée sans déclarer ce conflit d’intérêts. Cette fois, il ne s’agit pas d’un implant, mais d’une solution liquide utilisée en chirurgie cardiaque. Thierry Carrel écrit dans un article scientifique qu’il utilise ce produit appelé Cardioplexol. Ce médicament immobilise le muscle cardiaque et le protège ainsi pendant l’intervention. La marque Cardioplexol appartient à la société bernoise Swiss Cardio Technologies AG, dont l’actionnaire n’est autre que… Thierry Carrel. Sa rémunération est régie par un contrat avec l’Université de Berne et ses revenus ne dépendent pas du chiffre d’affaires de la société mais se montent à 1400 francs par an. Francesco Maisano, directeur du Centre de cardiologie de l’Hôpital universitaire de Zurich, a opéré en octobre de l’année passée une personne de 75 ans. L’opération visait à lui poser en implant, appelé Cardioband, un système de reconstruction de la valve mitrale, et a été filmée par la télévision alémanique SRF. Devant la caméra, Francesco Maisano déclare: «Je pense que c’est vraiment un avantage incroyable pour le patient.»
Ce que le médecin et la SRF n’ont pas mentionné au cours de leur émission, c’est que le professeur d’université bénéficiait d’un mandat de consultation auprès du fabricant et que, six mois avant l’émission, il était encore actionnaire de l’entreprise. Lorsque Francesco Maisano fait l’éloge du Cardioband, pose-t-il réellement un jugement indépendant? Les premiers problèmes avec le produit sont survenus cinq semaines après la diffusion de l’émission. Le fabricant a envoyé un premier avertissement: dans un «nombre limité de cas», une «déchirure du fil de contraction» de l’implant avait été constatée. Neuf semaines plus tard, une seconde alerte est déclenchée et le Cardioband est retiré du marché. Il y a eu «une augmentation des détachements de l’ancrage du système Cardioband. (…) Ce problème est essentiellement dû à une modification du processus de fabrication des ancrages». Depuis, le Cardioband, paré d’un nouveau système d’ancrage, est de nouveau utilisé.

Oliver Zihlmann et Catherine Boss

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