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Braver l’interdit de la mort

  Mercredi 5 décembre, 2018

Notre vide juridique laisse le champ libre aux dérives du suicide assisté.

Notre vide juridique laisse le champ libre aux dérives du suicide assisté. Dans ce contexte, les juges se tournent alors vers les directives éthiques de l’Académie suisse des sciences médicales (ASSM).
En les modifiant, la plus haute instance médico-éthique de la Suisse a osé renverser ce dernier rempart qui voulait qu’on n’accorde la mort que «si la fin de vie est proche.»
Il aura fallu le veto du 25 octobre pour que la FMH dise non à cet emballement qui pousse à exiger la mort toujours plus tôt. C’est connu, la peur aggrave la souffrance. Instrumentalisée à son tour par les nouvelles directives, cette même souffrance devient prétexte à obtenir l’assistance au suicide et le tour est joué.
Il est tentant à l’heure actuelle de braver l’interdit de la mort. Sacrifiée sur l’autel de notre sacro-sainte autodétermination devenue dogme, l’objectivité égarée de la science médicale vient se heurter au devoir du médecin, taxé de paternalisme alors qu’il ne fait que son métier. 1,2% des décès ont lieu par des suicides assistés dont le tiers est accordé prématurément aux «fatigués de vivre.» Allons-nous renoncer aux finalités de la médecine pour ces quelques irréductibles?
Le débat a été confisqué par un consensus d’experts en vue d’une consultation qui a touché à peine un cinquième de la population. Il est pourtant bien question de donner la mort et on peut douter que cela ne soit qu’une affaire d’Académie médicale. Elle n’échappera pas au débat démocratique. Malgré ce veto spectaculaire de la FMH, qui affaiblit l’ASSM, les pratiques banalisées perdurent impunément. Hors du débat ouvert, on abandonne l’opinion publique à la confusion, ce qui ouvre une voie royale aux promesses mensongères des associations d’aide au suicide.
L’article 115 du Code pénal relatif à l’aide au suicide fut créé en 1918 (art 103), repris en 1937 puis promulgué en 1942. Exit l’a exhumé comme on va à la pêche et c’est honteux.

Claude Mermod, Veyrier, 27 novembre

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