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Vaccination: le catimini du Département ou quand les médecins de famille sont ignorés (édito de La Lettre de l’AMGe de décembre 2018)

Promouvoir la prévention et la couverture vaccinale, c’est parfait. Toutefois, la méthode appliquée est fourbe, inadéquate, voire absurde tant elle risque de décourager de potentiels vaccinés en faisant payer les malades chroniques et les retraités de leur poche.  

Laissant bien sûr passer le mois de la vaccination, le pharmacien cantonal nous répond le 22 novembre dernier que c’est «en concertation avec le médecin cantonal et la Direction générale de la santé», qu’il a été décidé (!) «de supprimer la limite d’âge supérieure pour l’admissibilité à la vaccination» de la grippe en pharmacie pour les plus de 65 ans. Donc, cela revient à dire décidé et imposé en catimini par la Direction générale de la santé, sans aucune concertation avec les médecins de famille ou avec notre Association. Bel exemple de coordination prônée entre tous les acteurs du système de soins. Malgré le dialogue existant, on peut s’étonner de cette pratique de conciliabule où les intérêts particuliers sont privilégiés, au détriment des assurés.

Une question se pose directement: M. Mauro Poggia a-t-il été mis au courant de ces démarches et a-t-il donné son aval car cela place notre ministre de la santé dans une position compliquée et délicate: faire plaisir au lobby des pharmaciens et donc faire payer aux malades chroniques et aux retraités de leur poche (!) la différence de plus de 15.- entre le prix de la vaccination de la grippe en pharmacie d’au moins 45.- et le prix de 30.- remboursé lors d’une vaccination faite en cabinet médical? Et tous ces assurés ont-ils été suffisamment informés? Les retraités doivent en tout cas apprécier le geste du ministre qui semble avoir été piégé par ses propres troupes. Evoquer constamment la maîtrise des coûts de la santé et pousser à faire payer plus cher est incohérent. Ou est-ce voulu pour que ces sommes n’apparaissent plus dans les «dépenses de santé»? Un cadeau aux assureurs et aux pharmaciens?

Pour rappel, dans ses explications justificatives de la différence de prix, M. Poggia avait mis en avant la formation supplémentaire (2-3 jours …) effectuée par les pharmaciens et leur investissement pour aménager leurs officines pour pouvoir vacciner … Ahurissant.

Le pharmacien cantonal nous surprend encore plus lorsqu’il nous écrit une seconde fois le 22 novembre: «Concernant les pharmaciens qui ont vacciné des patients âgés de plus de 65 ans lors de la saison 2017-2018: « je vous informe que je n’ai pris aucune mesure. Ayant décidé, en concertation, de faire évoluer le règlement, il aurait été absurde de prendre une mesure à leur encontre.» Circulez y a rien à voir! Le catimini devient la concertation, les retraités n’ont qu’à payer plus et les discussions et accords entre la Présidente de PharmaGenève et les médecins de famille: on s’assoit dessus!!! S’il existe des règlements, alors ils doivent être appliqués.

L’un des arguments évoqués est que cela se fait dans d’autres cantons. Chiche! La propharmacie est pratiquée dans 19 cantons suisses sur 26, alors on s’y met. Si la majorité des cantons prend une décision dans le domaine de la santé, cela imposerait-il à chaque canton l’obligation de suivre cette décision? On est en pleine contradiction avec le fédéralisme et la dimension cantonale.

La défense de la médecine de famille est souvent mise en avant par le monde politique, mais les actes depuis plusieurs années vont dans le sens opposé. Ignorer les médecins de famille est la pire des attitudes. C’est navrant. On voit là la volonté de faire passer des réformes et règlements par la bande et imposer des décisions qui devraient être, comme cela a été fait dans de nombreux cantons romands, discutées et conventionnées. Le lobby politique des pharmaciens est sans doute fort présent au sein du département dans une période de pleine réflexion de cette profession quant à son difficile avenir et la perte de sens de son activité. A l’heure où l’on prône le retour à une dimension de quartier, à la proximité, au travailler ensemble, aux projets de Maison de santé et à une planification regroupant tous les acteurs de la santé, les mises en application du pharmacien cantonal, avec l’aval du médecin cantonal (!) et de la Direction générale de la santé sont inquiétants pour le dialogue, le travail en commun et pour notre ministre qui, depuis sa position d’arbitre des équilibres, place les plus âgés et fragiles dans une obligation de payer de leur poche pour un acte couvert par la LAMal.

Dr Michel Matter
Président de l’AMGe

Dr Didier Châtelain
Président de l’AGeMIG

Dr Joachim Karsegard
Membre du Bureau du Conseil de l’AMGe
Vice-président de l’AGeMIG