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300 millions, c’est ce que coûte la grippe

   Dimanche 27 janvier, 2019

VIRUS La facture varie d’une année à l’autre. Une estimation l’établit à 300 millions.

La grippe est installée en Suisse. L’épidémie a un coût humain élevé. Elle est à l’origine de 112 000 à 275 000 consultations chaque année. Il faut y ajouter plusieurs milliers d’hospitalisations et plusieurs centaines de décès. Mais le virus a également un prix. Quelque 300 millions de francs, d’après certaines estimations.
Selon une étude de 2003 à laquelle l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) renvoie, les soins reviennent à quelque 100 millions de francs par an. Il faut y ajouter les coûts pour l’économie, liés notamment à l’absence des employés, de quelque 200 millions. Dans une autre publication de l’OFSP, la Stratégie Grips 2015-2018, les frais sont estimés entre 130 et 514 millions selon les années, avec une moyenne à 196 millions.
Le Groupe Mutuel fournit des données supplémentaires dans le dernier numéro de son magazine. Pour chaque malade, l’assureur compte environ 25 à 40 francs pour les médicaments prescrits ou achetés librement. Selon Interpharma, les ventes de traitements contre le rhume se sont élevées à près de 54 millions de francs en 2018, pratiquement 28 millions contre le mal de gorge et plus de 83 contre la toux. Ces chiffres, évidemment, ne concernent pas que la grippe.
Et les hôpitaux? À Lausanne, le CHUV doit renforcer chaque année son service de médecine interne en raison des hospitalisations. Le coût est estimé entre 400 000 et 600 000 francs, selon la durée de l’épidémie.
Les spécialistes du Groupe Mutuel pour la gestion de la santé en entreprise estiment enfin que l’absence d’un collaborateur à cause d’une grippe sérieuse coûte en moyenne 5400 francs. Soit 300 francs par jour pour le salaire et le double pour d’autres coûts indirects tels que la perte de productivité, un éventuel remplacement ou les coûts sociaux. Le montant final est obtenu pour six jours d’absence.
Les experts restent toutefois prudents. Selon Daniel Koch, responsable de la division maladies transmissibles à l’OFSP, ces estimations sont extrêmement difficiles à réaliser, ne serait-ce que parce que le virus ne fait pas les mêmes dégâts tous les ans. Et puis toutes les données ne sont pas disponibles, notamment parce que les malades ne consultent pas forcément. N’empêche: dans notre pays, aucune autre infection touche autant de personnes d’un coup. Compte tenu de cette prévalence, «c’est certainement la maladie infectieuse qui nous coûte le plus cher».
Dans ces conditions, la vaccination pour des raisons économiques est justifiée, même si l’efficacité du vaccin varie selon les années. Il faut dire que cette piqûre est bon marché. Son prix varie entre 17 et 19 francs et il est recommandé de facturer un forfait de 30 francs (tout compris) aux patients. Ces frais sont remboursés aux personnes à risque: les plus de 65 ans, femmes enceintes, malades chroniques, prématurés durant les deux premiers hivers et personnes vivant dans une résidence. Certaines entreprises organisent aussi des campagnes pour leurs employés.
«Certains pays comme les États-Unis mettent en avant cet argument économique dans leurs recommandations de vaccination, poursuit Daniel Koch. En Suisse, nous en parlons régulièrement avec la Commission fédérale pour les vaccinations (CFV) mais nous trouvons plus honnête de parler du danger pour la santé.»
Membre de la CFV, Alessandro Diana juge la question pertinente. Mais face aux patients réticents, ce pédiatre et infectiologue genevois n’avance pas l’argument financier. «Un tel discours pourrait même être contre-productif. Les gens qui hésitent à se faire vacciner sont dans l’émotionnel, et c’est à cet émotionnel qu’il faut se connecter en premier.» Il évoque plutôt les risques pour leur santé et celle de leurs proches. «Dans le cas de la grippe, il faut expliquer qu’il ne s’agit pas d’un simple rhume. Et ceux qui ont déjà contracté ce virus le comprennent bien.»

Caroline Zuercher

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