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Genève pionnier d’une caisse maladie cantonale publique… mais pas unique?

  Lundi 28 janvier, 2019

Les Suisses ont refusé deux fois une caisse unique, mais les Genevois avaient été séduits. Ils sont divisés sur le projet du PdT. Les enjeux

Sa force de frappe n’est pas proportionnelle à sa taille. Le Parti du Travail (PdT) a lancé en solo et fait aboutir avec brio deux initiatives cantonales: l’une destinée à créer une assurance obligatoire pour les soins dentaires, l’autre une caisse maladie publique (mais pas unique) à but social.
Toutes deux seront soumises en votation populaire le 10 février. Avec la caisse maladie, le PdT se profile sur l’un des dossiers qui préoccupent le plus les Suisses et les Genevois depuis l’entrée en vigueur de la loi sur l’assurance maladie (LAMal) en 1996. Rien de surprenant avec la hausse incessante des primes qui s’en est depuis lors suivie. Le PdT est persuadé qu’une caisse publique, dispensée de frais de publicité, de lobbying, et n’ayant pas besoin de verser des salaires mirobolants, offrira des primes plus basses. Mais la voie cantonale n’est pas indiquée pour y parvenir, estiment la majorité du Grand Conseil et le Conseil d’État, tous deux hostiles au projet du PdT.
«Suite aux deux refus de caisse unique par les électeurs suisses et avec la mainmise des lobbyistes des assurances maladie sur le parlement et le gouvernement nationaux, il n’est pas envisageable, ces prochaines années, d’obtenir une telle caisse à l’échelon fédéral», répond Quentin Stauffer, l’un des responsables de la campagne pour le PdT (lire ci-contre).

14 000 paraphes

Le succès de la récolte de signatures atteste de l’intérêt pour une caisse maladie publique cantonale: pas moins de 14 000 paraphes ont été recueillis, alors que 7840 suffisent pour une initiative constitutionnelle. «On a effectivement eu un écho formidable», se réjouissait ainsi René Écuyer, ancien député, dans notre édition du 9 janvier. Ce n’est pourtant pas une bonne idée, selon la droite, le MCG, l’UDC, les Vert’libéraux, le Parti bourgeois-démocratique et les milieux économiques. Favorable à une caisse unique, le député PDC Bertrand Buchs explique cette large opposition: «Le PdT propose une nouvelle caisse parmi tant d’autres, solution qui ne permettra pas de résoudre le problème des coûts de la santé.»
Curieusement, cette réforme ne séduit, cette fois-ci, pas toute la gauche. Le Parti socialiste appelle même à voter non, alors que les Verts s’abstiennent. En revanche, les jeunes socialistes et Verts l’approuvent. Les doutes proviennent principalement de la capacité de la future caisse à offrir des primes plus basses. «Le PdT ajoute une caisse publique dans un milieu qui compte déjà 40 assureurs privés. Elle va être soumise aux mêmes règles fédérales, sera capitalisée et nécessitera immédiatement des réserves importantes. En proposant des primes plus basses, elle sera trop attractive pour les mauvais risques avec pour conséquence de créer un trou dans les caisses de l’État au détriment d’autres politiques sociales. Ce n’est pas une solution responsable», motive le socialiste Sylvain Thévoz. Et d’imager son discours sur le ton animalier: «Cette assurance supplémentaire, ce sera comme un petit poisson qui va nager au milieu des requins…»

Socialistes mal à l’aise

On sent pourtant le Parti socialiste mal à l’aise sur la question. Plusieurs députés se sont ainsi passé la patate chaude, avant que Sylvain Thévoz, rapporteur de majorité au Grand Conseil, n’assume ses responsabilités: «Cette initiative part d’une colère et d’une bonne intention avec la volonté d’un changement de système. Nous sommes évidemment d’accord sur le diagnostic, mais le «remède» tel que proposé serait pire que le mal.»
Riposte de Quentin Stauffer: «Nous espérons un appel d’air pour attirer des personnes qui veulent avoir un droit de regard sur le fonctionnement de leur assurance. La caisse publique doit devenir la caisse des Genevois.»
Le docteur Buchs reste très dubitatif: «Aux débuts de la LAMal, des professionnels de la santé ont lancé la caisse Concordia avec des ambitions sociales. Or, le conseiller fédéral Pascal Couchepin l’a rapidement fermée, estimant que nous n’avions, soi-disant, pas les liquidités nécessaires. Une chose est sûre: nous avions alors attiré tous les mauvais risques…»
«Ce n’est pas la panacée, admet Quentin Stauffer. Mais notre initiative permet déjà de commencer à reprendre le pouvoir sur l’assurance maladie. La hausse des primes est si élevée à Genève qu’il n’est plus possible d’attendre une intervention fédérale. Notre initiative est cantonale avec les limites que cela impose. Nous souhaitons gagner le progrès social par le bas en attendant une avancée au niveau national. Pour rappel, Genève a déjà pris les devants pour le droit de vote des femmes et l’assurance maternité.»

«Une totale transparence»

Ce samedi, le PdT a organisé une manifestation de soutien. «Nous étions de la partie», indique Joëlle Combremont, cofondatrice, avec Patricia Leoz, de l’association Lutte contre l’augmentation des primes d’assurance maladie.
Le projet de caisse cantonale offre plusieurs avantages, estime Joëlle Combremont: «Une totale transparence dans la gestion des comptes, la suppression de la publicité et des courtiers, pas le moindre franc pour les lobbies et enfin, les réserves payées à Genève restent à Genève!»

Laurence Bézaguet

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