< | >

Sommeil des bébés: pistes pour apaiser les nuits

  Samedi-Dimanche 26-27 janvier, 2019

La Ville organise une soirée sur les troubles du sommeil chez les petits. Des spécialistes conseillent

Des parents démunis, hagards, fatigués qui viennent demander de l’aide pour que leur enfant dorme enfin, la Guidance infantile des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) en accueille fréquemment. Sans représenter la majorité des consultations, la thématique n’en demeure toutefois pas une problématique à prendre à la légère. «Parfois, des parents n’osent pas venir nous voir pour ce motif, raconte Anne Spira, psychologue à la Guidance. Mais ces troubles du sommeil peuvent avoir une incidence sur leur relation avec l’enfant. Un parent qui a été réveillé plusieurs fois dans la nuit pourrait en vouloir à l’enfant, souffrir de manque de sommeil et faire preuve de moins de douceur et de patience. Il ne faut pas minimiser les effets des troubles du sommeil sur toute la famille.»
Cette thématique sera, lundi, au cœur d’une conférence et d’une table ronde visant à répondre aux questions des parents et organisées par le Département de la cohésion sociale d’Esther Alder, au Théâtre de l’Espérance à 19 h. L’occasion de faire le point, non exhaustif, sur le sommeil des petits avec deux des intervenantes, la pédiatre spécialiste de cette question Marie-Josèphe Challamel et Anne Spira.

Insomnies dues à l’environnement

Il faut d’abord comprendre que le sommeil du petit diffère de celui de l’adulte. «Ses cycles sont plus courts, d’une durée d’une heure environ, cela coïncide plus ou moins avec son rythme alimentaire, indique Marie-Josèphe Challamel. Son sommeil est très léger, il bouge beaucoup, fait des bruits. Il se réveille souvent aussi, pleure et c’est normal. Plus il grandit et plus son sommeil se rapprochera de celui de l’adulte.» Dès deux à trois mois, ses cycles s’allongent mais ce n’est qu’à partir de six ans, précise la professionnelle, que le sommeil nocturne est identique à celui d’un adulte.
Durant les six premiers mois de vie, c’est le temps de l’apprentissage du sommeil. Alors que près de 80% des insomnies des enfants sont dues à des causes environnementales, comme des excès de stimulation avant le coucher et l’absence de rythmes, comment créer des conditions optimales à cet apprentissage? Les deux spécialistes relèvent d’abord l’importance d’instaurer des «donneurs de temps». Soit des heures de lever et de coucher, des rituels précédant l’endormissement. «Cela peut se faire dès la période néonatale, pointe Marie-Josèphe Challamel. Il faut dissocier tôt le temps de la journée et de la nuit. Par exemple, durant la nuit, se contenter de l’allaitement, sans allumer de lumière forte.» Le soir, éviter les activités trop stimulantes, réservées à la journée.
Quant au rituel visant notamment à atténuer une éventuelle angoisse de la séparation, il peut prendre plusieurs formes, comme une berceuse ou lire une histoire. En revanche, explique Anne Spira, «il est déconseillé de faire s’endormir l’enfant au biberon, au sein ou en lui tenant la main. Si on l’habitue à cela, lorsqu’il fera ses microréveils durant la nuit, il aura besoin de ces mêmes repères pour se rendormir.» Et dès trois à quatre mois, il faut quitter la chambre avant que le bébé ne soit endormi, «pour lui donner l’occasion d’apprendre à s’endormir et surtout se rendormir seul», selon les deux spécialistes. «Dès quatre à cinq mois, il saura développer lui-même des mécanismes autocalmants qui lui permettent de s’endormir et de se rendormir tout seul.» La psychologue ajoute que cette séparation doit se faire progressivement. «Si on sent que l’enfant est angoissé, il faut le rassurer, lui indiquer qu’il est en sécurité dans sa chambre, tout en se montrant ferme et bienveillant.»

Laisser pleurer selon des cycles

Et s’il pleure, accourir? Le laisser pleurer mais jusqu’à quel point? On recommande de ne pas se précipiter à chaque fois que le bébé émet un bruit, «il peut pleurer et, au bout de quelques minutes, trouver une manière de se rassurer et se rendormir. Il faut laisser un délai entre la «demande» et la réponse, sinon on peut interférer dans le processus d’endormissement», conseille Marie-Josèphe Challamel. Si les épisodes de pleurs ou de réveils s’enchaînent, les parents peuvent laisser pleurer un peu l’enfant, selon des cycles. «Mais ils doivent être prêts pour le faire, sans avoir peur de le «traumatiser». On conseille de laisser le bébé pleurer quelques minutes – de l’ordre de cinq minutes, pour éviter qu’il ne soit en situation de détresse –, rentrer dans la chambre, le rassurer sans le sortir du lit, ressortir. Le laisser dix minutes, puis revenir, et ainsi de suite, en ajoutant cinq minutes à chaque fois.
Et la solution de l’accueillir dans le lit parental? Mauvaise idée pour les deux spécialistes. «Les États-Unis vivent une mode constituant à faire lit partagé avec le bébé, rapporte la pédiatre. Et ils ont vu apparaître des cas de mort subite lors des premières semaines de vie, ce qui est rare. Des études ont montré que le lit parental n’est pas un environnement sécurisé, entre les oreillers, le matelas trop mou, etc., et que cela peut engendrer des risques de mort subite du nourrisson.»
Enfin, l’alimentation peut jouer aussi un rôle dans le processus du sommeil. «Elle doit être suffisante sans être excessive, et suffisamment riche en lipides», souligne Marie-Josèphe Challamel. Qui recommande ainsi jusqu’à trois ans de privilégier le lait de croissance ou le lait entier au lait demi-écrémé ou aux produits allégés.
À 6 mois, mais ce n’est évidemment pas une généralité, le bébé devrait «faire ses nuits». Soit «ne pas signaler son réveil durant la nuit». Et Anne Spira d’ajouter: «On parlera de troubles du sommeil à partir de trois réveils nocturnes au moins trois fois par semaine pendant au moins un mois, une fois que le bébé est âgé de six mois.» Dans ces cas-ci, revenir sur les notions abordées (rituel, apprentissage de l’endormissement seul, etc.) et ne pas hésiter à demander le conseil de spécialistes…

Aurélie Toninato

< Retour à la liste