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Jamais le Canton n’aura fait un tel effort pour aider la classe moyenne

  Mardi 29 janvier, 2019

Thierry Apothéloz détaille le contre-projet à l’initiative sur les primes maladie présentée par la gauche

Jeudi, Thierry Apothéloz, le conseiller d’État PS en charge de la Cohésion sociale, défendra au parlement le contre-projet à l’initiative de la gauche «Pour des primes d’assurance-maladie plafonnées à 10% du revenu». Un texte qui ne passera pas inaperçu s’il entre en vigueur. Interview.

Thierry Apothéloz,  pourquoi le Conseil d’État  ne veut-il pas de l’initiative de la gauche?

L’initiative pointe à juste titre une des charges financières les plus lourdes, avec le logement, qui pèse sur le budget des ménages. Mais son coût est évalué à 450 millions à l’entrée et à un milliard dans dix ans: les coûts ne sont pas maîtrisés. Ces derniers suivent simplement l’évolution des primes en attendant que, peut-être, les initiatives fédérales lancées et en cours de récolte modifient le cadre légal fédéral.
Il est évident que le système ne tourne pas rond et il est opaque: la santé est devenue un marché où il y a beaucoup d’argent à se faire. Les Cantons ont beaucoup de mal à se faire entendre par rapport aux lobbies. Les assurances font de mauvais choix quand elles demandent la hausse des franchises pour baisser les coûts, au lieu d’investir dans la prévention.

Concrètement, que proposez-vous à la place de l’initiative?

Le Conseil d’État a voté à l’unanimité un contre-projet estimé à 186 millions, qui accompagne l’harmonisation de l’imposition des entreprises (RFFA). Il augmente les subsides et le niveau du revenu déterminant permettant de toucher une aide. Mes chiffres sont formels: pour une famille avec deux enfants, c’est 338 francs d’aide par mois en plus pour un revenu déterminant de 50 000 francs, c’est 378 francs par mois en plus pour un revenu de 75 000 francs et 389 francs pour un revenu de 100 000 francs. Proposer du concret, c’est à cela que sert la politique, et c’est la seule manière de donner de la crédibilité à ceux qui en font.

Vous pensez à l’affaire Maudet?

Notamment. Après l’élection d’un Conseil d’État plus équilibré que le précédent, on a senti une demande pour redonner un élan au canton. Mais depuis septembre, force est de reconnaître que cette affaire nous coûte beaucoup d’énergie, énergie que nous devrions employer pour réaliser nos projets politiques. Il faut redoubler d’efforts: les Genevois n’ont pas à subir les conséquences des problèmes actuels, alors qu’il y a tant à faire. Par exemple, la réponse à l’explosion du nombre de personnes âgées d’ici à vingt ans doit se préparer dès maintenant.

Il n’empêche que la gauche pourrait vous en vouloir. Votre contre-projet torpille son initiative et sert  de caution à RFFA.  C’est un peu beaucoup, non?

Si le contre-projet est accepté, jamais le Canton n’aura autant investi pour la classe moyenne! Car c’est bien elle qui est visée, elle qui gagne trop pour les subsides, mais pas assez pour s’en sortir.
Grâce à cette mesure concrète, on redonnera du pouvoir d’achat aux gens. Je partage bien sûr les buts de l’initiative, mais elle va trop loin vu le contexte budgétaire actuel. «Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras». Sur RFFA, l’échec du projet fédéral précédent était lié à l’absence de son volet social. Il a été modifié. À Genève, une majorité politique s’est rassemblée autour du principe que toute baisse d’impôt en faveur des entreprises s’accompagne d’un effort équivalent pour les citoyens. Faisons en sorte que la réforme fiscale, dont Berne nous dit qu’elle est inévitable, profite à la classe moyenne.

Si le plan RFFA cantonal échoue en mai, que devient votre contre-projet?

Il sera présenté à la population en même temps que l’initiative en novembre. Si RFFA échoue, il est évident que le front politique pour soutenir cette mesure sera bien plus étroit.

Vous proposez une hausse des dépenses sociales,  alors que des Cantons et des Communes suisses veulent baisser les aides. Vous nagez à contre-courant…

Pas du tout. Nous sommes au contraire des précurseurs. S’acharner sur les pauvres, qui ne votent pas, qui s’expriment peu, relève du populisme facile. La baisse des aides sociales est une erreur dramatique que ces collectivités vont payer cher. C’est au contraire en aidant les gens à s’en sortir avec un système efficace qu’on réalise de vrais gains, économiques et sociaux.

Vous avez demandé  à un ancien conseiller national socialiste valaisan  de plancher sur une refonte de la loi sur l’aide sociale. Pourquoi?

Ce n’est pas tant la couleur politique de Stéphane Rossini qui m’intéresse que son parcours. C’est un ancien président de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil national, un expert reconnu du domaine et, de plus, il ne vient pas du sérail genevois. Il va devoir fédérer des représentants de milieux très divers pour arriver à un avant-projet. Le projet est ambitieux, mais je veux qu’on repense entièrement notre système d’aide sociale une bonne fois pour toutes.

Marc Bretton et Éric Budry

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