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Mauvaise réponse à une juste exaspération

  Mardi 29 janvier, 2019

Depuis 1996, le montant des primes d’assurance maladie a doublé et occupe une part importante du budget des ménages.

Depuis 1996, le montant des primes d’assurance maladie a doublé et occupe une part importante du budget des ménages. Il n’est donc pas étonnant que cette initiative proposant une caisse publique ait reçu un nombre important de signatures. Cependant une caisse publique sera hélas soumise aux mêmes contraintes de la législation fédérale que les autres caisses, imposant une importante constitution de réserves qui de facto l’empêchera de pratiquer des primes aux coûts avantageux. Elle va attirer les personnes en santé précaire et les autorités fédérales imposeront des réserves de plus en plus importantes, ce qui se traduira ultérieurement par des primes de plus en plus élevées. La question du mode de financement de notre système de soins ne devrait cependant pas nous empêcher d’aborder la véritable question de fond. Quel système veut la population suisse?
Veut-elle maintenir l’actuel qui est performant mais cher? Un système qui soigne sans restrictions, qui, grâce aux progrès de la recherche médicale, fait que certaines maladies peuvent être combattues efficacement mais par des traitements onéreux? Un système qui aussi engendre selon certaines études 25% d’actes de soins peu utiles? Situation rendue possible par l’abondance des moyens techniques disponibles et par une rétribution à l’acte qui peut favoriser la multiplication de ceux-ci. Mais surtout, il semble correspondre encore au désir de la population suisse. Une population qui est exaspérée quand les primes augmentent mais n’est pas encore prête à accepter un rationnement des prestations de soins ou à modifier ses comportements en adoptant un style de vie plus sain (80% des coûts de la santé sont dus à des maladies chroniques engendrées en grande partie par l’obésité et la sédentarité).
Des efforts se font pour améliorer l’efficience des soins tels qu’une amélioration de la coopération entre les catégories de soignants, plus de prévention et des actions pour diminuer les traitements inutiles. Les soins en Suisse restent cependant d’un coût élevé. L’échec annoncé des récoltes de signatures des deux initiatives fédérales sur les caisses maladie (permettant d’octroyer une compétence cantonale de fixer et de prélever les primes et interdisant la présence de personnes liées aux caisses maladie dans les commissions de la santé au parlement fédéral) le suggère. La seule solution, permettant d’alléger sur le long terme le coût des primes, sera difficile à mettre en œuvre au vu de la multitude d’intérêts contradictoires chez les acteurs de la santé.
La solution passe plus par des mesures de prévention que par un recours à toutes les interventions thérapeutiques possibles. Elle passera aussi par une meilleure considération par le monde politique des professionnels de santé, à les rémunérer plus pour leur prise en charge globale que sur des simples actes envers les patients, mais surtout par un changement de perception de la population par rapport à ses attentes envers le système de santé. Cette initiative est une mauvaise réponse à une problématique réelle et elle doit donc être rejetée.

L’invité Patrick Saudan Député PLR

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