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Conception mercantile de la santé

  Jeudi 7 février, 2019

Après l’échec devant les urnes du projet de caisse unique se présente à nouveau une occasion de tester une logique de gestion des coûts sans la pression d’actionnaires avides et pressés.

Après l’échec devant les urnes du projet de caisse unique se présente à nouveau une occasion de tester une logique de gestion des coûts sans la pression d’actionnaires avides et pressés. Car c’est bien là le cœur du débat: considérer le champ de la santé comme un marché ou voir dans la santé une sphère de services solidaires et pérennes.
L’ensemble des caisses maladie actuelles s’inscrit dans cette logique de profit. De cette lutte acharnée naissent des stratégies qui rendent le champ de la santé de plus en plus complexe, opaque et kafkaïen. Les caisses ont beau jeu de pointer le tourisme médical, les tricheurs, les assistés, les coûts abusifs des médicaments et depuis peu les médecins qui surfacturent, mais elles savent que ces coûts, sans être anodins, ne représentent pas le cœur des vraies économies à trouver. Brandir ces bannières-là n’a d’autre but que de créer un bouclier à leurs opaques forteresses et par là même de s’extraire de l’équation.
Car en vérité, le point de faille du système, là où les hausses des coûts se forgent, se trouve dans la conception mercantile de la santé.
Voilà pourquoi les caisses s’acharnent à détourner le regard des assurés et des États vers cette nébuleuse de dysfonctionnements que représente la santé actuellement. Nébuleuse que les caisses s’affairent d’ailleurs à alimenter via une cohorte d’initiatives superficielles. Cette stratégie est en fait la meilleure façon d’éviter la remise en cause d’un fonctionnement basé sur la sacro-sainte compétitivité et qui, dans le cas des caisses, consiste à tout faire pour assécher les prestations de base (non rentables) au profit des complémentaires (eldorado du marché de la santé).
Tous ces efforts se font donc au détriment de la prévention, seule stratégie crédible. La Suva le fait, alors une caisse publique le peut aussi.
Dommage qu’à quelques jours du scrutin, cette initiative soit si peu soutenue par l’État lui-même. Un État, garant des services publics, qui pourtant a tout à perdre à se laisser endormir par les logiques trompeuses des caisses maladie.

Vincent Du Bois Petit-Lancy, 5 février

 

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