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Polyarthrite: Une «guerre civile» interne qu’il faut contrer tôt

  Samedi 9 février, 2019

Cette maladie touche 70 000 personnes en Suisse. Une étude cherche à identifier ses causes

Elle s’attaque aux articulations, surtout des pieds et des mains. Entraîne des douleurs et des déformations. Elle ne touche pas forcément les plus âgés, les personnes encore dans la vie active sont aussi concernées. La polyarthrite rhumatoïde est un mal sournois qu’on confond souvent avec l’arthrose. Cette maladie auto-immune se traite. Mais si on peut stopper son avancée, on ne peut pas réparer ses dégâts et on n’en guérit pas. D’où l’importance d’une détection précoce. Le professeur Axel Finckh, médecin au Service de rhumatologie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), mène depuis quinze ans une étude pour tenter de prévenir l’apparition de cette affection qui touche 70 000 personnes en Suisse. Décryptage.

Traitement pour stopper la maladie

Cette maladie chronique évolutive du système immunitaire implique principalement les articulations. «Il faut voir la polyarthrite comme une sorte de «guerre civile» interne, image Axel Finckh. Au lieu de repousser les envahisseurs externes, comme les parasites, notre système s’auto-attaque. Les capsules qui entourent les articulations sont ciblées. Si on n’intervient pas, l’inflammation les détruit, puis c’est le tour du ligament, des tendons, voire des os. S’en suivent des douleurs, des gonflements, voire des déformations.» Si la maladie peut frapper à tout âge, elle survient le plus souvent entre 40 et 50 ans. «Et elle est trois à quatre fois plus présente chez les femmes.»
Ses symptômes principaux – douleurs articulaires et raideurs – peuvent parfois être banalisés, être perçus comme concomitants aux poids des ans. Des moyens permettent toutefois de l’identifier,
relève le spécialiste. «Si on souffre de
douleurs dans les articulations périphériques, comme les mains et les pieds, qui réveillent la nuit. Si, le matin, une raideur dure plus de trente minutes et empêche d’effectuer certains mouvements. Enfin, si des douleurs qui ont tendance à disparaître durant la journée se manifestent à nouveau le soir.» On consultera d’abord un généraliste, qui effectuera une prise de sang pour révéler une éventuelle
inflammation.
Comment traiter la polyarthrite et mettre fin à cette «guerre civile» interne? L’objectif premier, explique le spécialiste, est d’empêcher la destruction des articulations. «Il y a quinze ans, la moitié des personnes atteintes finissait à l’AI après dix ans. Aujourd’hui, le traitement est plus efficace et nous parvenons à stopper la progression de la maladie. Mais une fois des dommages structurels sur les articulations survenus, celles-ci ne se réparent pas, d’où l’importance d’agir le plus tôt possible.»

Hérédité, pollution et alimentation

Les causes de cette maladie ne sont pas encore toutes identifiées. Mais on sait qu’elles sont en partie génétiques. «Il y a un fort contexte héréditaire. On estime que le risque de développer une polyarthrite est trois à cinq fois plus élevé si un membre de la famille proche en souffre.» L’affection touche en majorité les femmes, «le facteur hormonal, notamment lors de la périménopause, joue très certainement un rôle dans son apparition». D’autres facteurs de la vie courante peuvent également être impliqués, comme l’inhalation de polluants (fumée de tabac, polluants automobiles, poussières minérales, entre autres). À cela s’ajoutent, chez les personnes avec un terreau héréditaire, une consommation régulière de sodas sucrés, des carences en oméga 3, du stress intense, une altération du microbiote intestinal. L’impact de ces facteurs doit encore être précisé.
C’est justement dans ce but, et pour améliorer la détection précoce, que les HUG mènent depuis dix ans une étude sur le sujet et suivent actuellement 1500 personnes. «Nous voulons déterminer l’utilité de marqueurs sanguins, de facteurs génétiques et environnementaux pour prédire le risque de développer une polyarthrite rhumatoïde. Et pouvoir proposer un traitement – à certaines conditions strictes – si le risque est très élevé.» Axel Finckh et son équipe sont encore à la recherche de participants. Toute personne ayant un parent souffrant de polyarthrite rhumatoïde ou d’une autre maladie auto-immune, mais qui n’est pas encore atteinte elle-même, peut s’inscrire sur www.arthritis-checkup.ch.

À ne pas confondre avec l’arthrose

Une maladie qui détruit le cartilage, qui engendre des douleurs articulaires, qui handicapent les mouvements, il en existe une autre: l’arthrose. Mais à la différence de la polyarthrite, elle ne fait pas partie des maladies inflammatoires. C’est une forme de rhumatisme de type dégénératif qui touche presque exclusivement les personnes âgées. Cette affection chronique provient de l’usure du cartilage. Elle se manifeste principalement par des douleurs aux mouvements des articulations. Les causes? Elles sont multiples, de la sollicitation excessive des articulations à une sédentarité. L’hérédité et les maladies inflammatoires peuvent aussi avoir une incidence.

Aurélie Toninato

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