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Quel prix pour la santé?

   Dimanche 9 février, 2019

Les prix des médicaments contre le cancer deviennent prohibitifs. Peut-on y remédier?

D’un bien social à un désastre financier. On peut résumer ainsi l’enjeu majeur de la recherche dans les nouveaux médicaments. Rarement, les progrès n’ont été si fulgurants, en particulier dans la lutte contre le cancer, mais rarement les doutes sur un accès pour tous aux thérapies innovantes n’ont été aussi élevés. Les prix pour les nouvelles approches, notamment celles liées à l’immunothérapie (à laquelle les réactions diffèrent selon le profil génétique du patient), explosent. Certains traitements contre le cancer dépassent 100 000 francs par mois. Les frais de recherche deviennent d’autant plus prohibitifs que les nouvelles thérapies ne pourront être amorties que sur un nombre restreint de patients. Le système de santé britannique refuse d’ores et déjà le remboursement de certaines spécialités. Aux États-Unis, l’administration Trump tente de négocier les tarifs avec l’industrie pharmaceutique, avec un succès jusqu’ici très mitigé. La spirale des hausses de prix devient incontrôlable, d’autant que les États ne disposent pas des informations leur permettant d’évaluer le rapport coûts-bénéfice des traitements. Ils se livrent à un marchandage à l’aveugle, obtenant quelques miettes mais sans pouvoir agir sur la tendance générale.
Cette impuissance politique à contrôler l’évolution des prix des médicaments n’est pas simple à contrer. La première réponse consiste à accuser les pharmas d’abuser de leur position d’oligopole, qui se fonde sur le fait que la santé n’a pas de prix. Qui accepterait de renoncer à une thérapie qui pourrait lui sauver la vie? Personne. Certes, les États peuvent user de leur pouvoir régalien et fixer un prix «abordable». Mais ils prendraient le risque de dissuader les pharmas d’investir et limiteraient de fait l’accès aux médicaments aux seuls patients fortunés. Les bénéfices des pharmas peuvent paraître indécents à beaucoup. Le sont-ils? Pas sûr. Les marges sont corrélées aux risques industriels, comme le montre l’évolution des cours boursiers. L’industrie pharmaceutique demeure très rentable mais devient de plus en plus risquée. Il n’est pas rare qu’une pharma perde 50% de sa valeur en quelques années! La compétition est rude dans le secteur, comme en témoignent les transactions records dans les rachats et fusions de sociétés.
En réalité, tout montre que la solution dans la maîtrise des coûts ne viendra pas des autorités de régulation, impuissantes à décider à partir de quel montant il est préférable de renoncer à un médicament. Conscients de cet enjeu, des économistes du MIT et de Moody’s proposent de créer des fonds pour mutualiser les frais de recherche et de développement des médicaments qui permettraient de réduire les risques financiers: disposant de participations très diversifiées et très larges dans la R&D pharmaceutique, les fonds atténueraient le coût des échecs dans le cours du développement des médicaments. Tout montre en effet que les géants de l’industrie pharmaceutique doivent maximiser leur rendement pour financer l’acquisition de molécules prometteuses et abandonnent trop souvent des recherches qui s’avèrent aléatoires. La solution revient à considérer la recherche dans les nouveaux médicaments comme un bien commun mais dont le financement ne peut être assuré que si le risque est largement diversifié et mieux réparti.

Pierre Veya Chef de la rubrique Économie

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