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La Clinique Générale-Beaulieu mise sur l’ambulatoire avec un hôpital de jour

  Mardi 19 Mars, 2019

L’établissement privé développe son offre pour «préparer l’avenir» et diminuer le nombre d’hospitalisations

Alors que la population vieillit, que les maladies chroniques sont en hausse, que les primes d’assurance maladie prennent l’ascenseur, il devient urgent de réformer le système de santé. Parmi les solutions avancées, on cite notamment le développement des soins ambulatoires. Soit réduire les hospitalisations en stationnaire et privilégier, lorsque c’est possible, une prise en charge à la journée (pour des opérations de la cataracte ou du tunnel carpien, entre autres exemples). Une évolution naturelle de la médecine, à l’heure où on diagnostique mieux et plus vite, où les techniques sont plus performantes et moins invasives, où le patient opéré souhaite rentrer rapidement chez lui.
Ce virage se fait déjà sentir du côté des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et des cliniques privées. La Clinique Générale-Beaulieu, absorbée en 2016 par le groupe vaudois Swiss Medical Network qui regroupe 17 cliniques en Suisse, va plus loin: elle inaugure mercredi un centre exclusivement dédié à la chirurgie ambulatoire, destiné aux patients quelle que soit leur couverture d’assurance.
La clinique, qui réalise annuellement quelque 5700 hospitalisations, a investi près de 5 millions de francs pour transformer une partie de son bâtiment en centre ambulatoire de 650 m2, ouvert de 7 h à 17 h. Avec deux blocs opératoires, une salle de réveil d’une dizaine de lits, deux salles d’attente, dont une plus «lounge» avec des rafraîchissements pour les patients en attente de sortie. Le directeur général de la clinique, Cédric Alfonso, explique que cette intégration au sein du bâtiment permet une mutualisation des compétences, des ressources et d’infrastructures comme la stérilisation du matériel.

«Préparer l’avenir»

La création de cet hôpital de jour tient d’abord à une volonté de «préparer l’avenir», soutient le directeur. «Le transfert de l’hospitalier à l’ambulatoire est en train de se jouer. Or, en Suisse, seules 20% des chirurgies sont en ambulatoire, contre 50 à 60% en France, et 80% aux États-Unis. Nous pouvons mieux faire.» Sa clinique pratique déjà l’ambulatoire – 600 à 700 patients par an – mais sa structure n’était pas optimale pour ce type de service, indique-t-il. «Nous offrons désormais un climat moins anxiogène et un gain de confort pour le patient: il n’est plus déplacé entre plusieurs services, d’un lit à un autre, et il a davantage de temps pour la récupération. C’est aussi un gain de temps et d’efficience pour nous.»
Optimiser pour préparer l’avenir, mais aussi pour attirer une clientèle supplémentaire? «C’est un effet collatéral mais le centre n’a pas été créé dans ce but.» Le directeur réfute également toutes visées financières. «Nous ne savons pas si les 5 millions investis seront amortis et l’ambulatoire ne fait pas vivre, surtout avec les tarifs médicaux Tarmed imposés ( ndlr: ils ont été revus à la baisse en 2018 pour la chirurgie ambulatoire ). Des discussions sont en cours et nous avons bon espoir qu’ils soient un jour réformés.»
Les patients n’ayant «que» l’assurance maladie de base peuvent bénéficier d’une prise en charge ambulatoire en clinique privée. En revanche, pour être hospitalisé, il leur faut une complémentaire. Alors en cas de complications, devront-ils être transférés? Question confort, ce n’est pas vraiment optimal… «Cela nous est déjà arrivé et le patient peut alors être transféré aux HUG. Mais cela reste rare. Parfois, nous finançons nous-mêmes l’hospitalisation pour une nuit.»

Vers une hausse des primes?

Le ministre de la Santé, Mauro Poggia, jette un regard prudent sur ce nouveau centre. «Si c’est un vrai transfert de prise en charge de l’hospitalier vers l’ambulatoire et que les cliniques adaptent vraiment leur modèle économique dans ce sens, en concertation, le cas échéant, avec les assureurs privés, cela peut être intéressant.»
En revanche, il pointe le risque d’une incidence sur les coûts de la santé. Car la facture du secteur ambulatoire est à 100% supportée par l’assurance de base (LAMal), contrairement à l’hospitalisation qui est, elle, cofinancée par les cantons et les assurances, respectivement à 55% et 45%. «La hausse du nombre de prestataires ambulatoires fait monter les primes sans lien avec une amélioration de l’accès aux soins, soutient le magistrat. Sachant que l’ambulatoire est exclusivement à charge de la LAMal, le fait que de plus en plus d’opérations se fassent en ambulatoire a pour effet de charger l’assurance sociale au bénéfice des assureurs privés, dont on n’a pas vu les primes baisser ces dernières années.»
Un argument que réfute Cédric Alfonso. «Les tarifs pratiqués en ambulatoire sont souvent deux fois inférieurs à ceux pratiqués en hospitalier! Sur certaines interventions, comme le tunnel carpien, l’assurance de base y gagne même. La facture Tarmed est inférieure aux 45% facturés à l’assurance de base pour une hospitalisation. La question est plutôt de savoir comment le Canton va utiliser les 55% qu’il ne paiera plus…»

Aurélie Toninato

 

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