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La médecine sportive, un «puits sans fond» à Genève

  Vendredi 22 Mars, 2019

Un troisième centre agréé a ouvert en face de la Clinique La Colline

Arrive-t-on en suroffre? La Clinique La Colline (Hirslanden) a inauguré jeudi son Centre de médecine du sport et de l’exercice, après une mise en activité depuis novembre. C’est ainsi le troisième centre médical agréé par Swiss Olympic dans le canton, avec La Tour, à Meyrin, et les Hôpitaux universitaires de Genève (leur unité d’orthopédie et traumatologie du sport). Le centre de trop? Non, selon plusieurs interlocuteurs.
Pour le Dr Finn Mahler, de La Tour, «il y a amplement de la place pour un nouvel acteur sur le marché de la médecine sportive. Quand j’ai fondé le centre à Meyrin, on m’a dit que je n’aurai jamais assez de travail. Résultat: on est devenus le plus grand centre en Suisse avec 20 000 consultations par année.» Selon lui, le mouvement est essentiel pour l’existence, par conséquent «quand les gens sont freinés dans leur élan par une blessure, ils se tournent vers des spécialistes. C’est pour ça que c’est un puits sans fond.»
C’est l’argument géographique que sort en premier Stéphan Studer, du groupe Hirslanden. Pour lui, la répartition des centres sur les deux rives est acceptable. Comment, avec ses 800 m2 et son bâtiment de plain-pied, La Colline pourra-t-elle concurrencer La Tour, ses 26 000 m2, ses huit étages? «On a la chance d’avoir un centre à taille humaine, déclare Stéphan Studer. C’était notre volonté pour assurer une qualité optimale. On ne sera pas les plus grands mais on vise une qualité au-dessus des standards.» Une qualité que peu d’indicateurs fiables permettent de garantir en Suisse dans le domaine ambulatoire. Dans un premier temps, l’institution privée visera une clientèle régionale. «L’international, pourquoi pas, mais ce n’est pas une priorité.»
La multiplication des centres n’aurait pas d’incidence sur les coûts de la santé étant donné que les assurances ne prennent en charge que les prestations purement médicales, pas celles qui relèvent de la performance.
Le nouveau centre assure s’adresser aussi bien aux sportifs de haut niveau qu’à Monsieur et Madame Tout-le-monde. «Ce n’est pas parce que le sport se médicalise qu’il est réservé à une élite», a insisté le conseiller d’État en charge de la Santé, Mauro Poggia. «Notre valeur ajoutée, c’est la coordination et l’unité de lieu, le continuum de soins, ajoute le chirurgien Jacques Menetrey, ancien professeur aux HUG. C’est vrai qu’on est un peu dans la surenchère entre les trois centres. La Tour n’a pas senti de baisse d’activité mais les HUG si.»
Pour le vérifier, nous avons posé la question au Pr Didier Hannouche, chef du service concerné au sein de la structure publique. «Non, je n’ai pas constaté de baisse d’activité, dément-il. Nous menons 40 000 consultations par an en orthopédie, même si je n’ai pas de statistiques plus précises en médecine du sport. Les patients continuent à venir aux HUG, il y a un flux continu. Les départs que nous avons subis n’empêchent pas les collaborations entre les trois structures.» En effet, les HUG ont perdu leur noyau dur de spécialistes, avec six personnes parties pour La Colline.

Sophie Simon

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