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Vessie hyperactive: oser parler au docteur

  Samedi 23 Mars, 2019

La maladie est sous-diagnostiquée car les patients ont honte, ou estiment que c’est normal

Comment va votre vessie? C’est peut-être une question que l’on ne se pose pas assez souvent, ou que l’on n’ose pas poser aux professionnels de santé. Une conférence est organisée mardi autour de ce tabou médical.
La vessie hyperactive, ou hyperactivité vésicale, est une association de symptômes, comme uriner fréquemment même si la vessie n’est pas pleine. Il y a souvent un amalgame avec les infections urinaires à répétition, mais cette maladie ne se soigne pas avec des antibiotiques. L’hyperactivité vésicale n’aboutit pas toujours à une incontinence, c’est-à-dire à l’absence de contrôle des sphincters.
«Environ un million de patientes souffrent d’incontinence urinaire en Suisse», avance Mme Karin Kuhn, qui interviendra lors de la conférence. Cette directrice d’Incontinex, une société suisse d’aide aux personnes incontinentes, confirme qu’elles «n’en parlent pas volontiers car c’est un thème tabou. Il faut leur dire que c’est une maladie comme les autres, et qu’il faut en parler avec un professionnel.» Médecin de famille, gynécologue, gériatre. «On peut aussi leur conseiller de prendre rendez-vous directement avec un urologue, relève Karim Kellou, médecin FMH, spécialiste en urologie, qui interviendra également lors de l’événement de mardi. Paradoxalement, certains arrivent mieux à parler de ce problème avec des médecins qu’elles ne connaissent pas qu’avec ceux qu’elles fréquentent depuis vingt ans.»
La honte de la maladie pousse certains à l’exclusion sociale. «Ils n’osent plus voyager, partir en vacances, aller au théâtre ou au cinéma», témoigne Karin Kuhn. Cette gêne peut également affecter la vie sexuelle, de crainte de perdre de l’urine pendant l’acte. Ou la pratique sportive, si après avoir sauté une fois la personne se retrouve toute mouillée. Elle peut enfin mener à la déshydratation quand les personnes s’empêchent de boire. «La vie professionnelle peut aussi en pâtir, si le besoin d’aller aux toilettes se fait sentir 15 à 25 fois par jour. Tous les médecins devraient, pendant l’anamnèse (ndlr: la prise de renseignements sur l’historique médical), demander s’il y a des problèmes de vessie, et le cas échéant renvoyer vers un spécialiste», estime la directrice d’Incontinex.
Selon des publications scientifiques internationales citées par le Dr Kellou, 17% des femmes et 10% des hommes souffrent d’hyperactivité vésicale. «Et encore, il y en a sûrement beaucoup plus, ces chiffres ne reflètent que ceux qui en parlent. La statistique est très faible, il n’y a rien sur le sujet à l’Office fédéral de la statistique, par exemple.» En tant qu’urologue, le Dr Kellou ne reçoit que ceux qui ont osé s’exprimer. «C’est lié à la mémoire populaire de se dire que c’est normal d’avoir des pertes d’urine en avançant dans l’âge. Il y a cette notion que l’incontinence est liée au vieillissement, or ce n’est pas toujours le cas.» Il trouve donc dommage de ne pas profiter des solutions qui existent.
Les traitements les plus légers sont comportementaux. «On peut modifier le type de boissons que l’on consomme, sachant que la théine, la caféine et le cola sont connus pour encourager l’hyperactivité vésicale», reprend-il. Les habitudes de s’hydrater le matin puis ne pas boire jusqu’au soir doivent parfois être changées. Une physiothérapie périnéale fait partie des autres solutions.
Des traitements médicamenteux peuvent réduire la contraction de la vessie lorsqu’elle n’est pas nécessaire. «Mais environ un tiers des patientes ne vont pas jusqu’au bout de ces traitements en raison des effets secondaires, comme la sécheresse des muqueuses ou des troubles de l’humeur.»
Enfin, des traitements plus invasifs peuvent passer par une neuromodulation, c’est-à-dire des implants au niveau de la moelle épinière sacrée, ou des injections de botox dans la vessie. «La toxine botulique est un anesthésiant puissant.»
La conférence est organisée par la maison STO-Pharmawerbung AG à Wil, avec le soutien de la société pharmaceutique Astellas Pharma SA. Les deux intervenants ont-ils des liens d’intérêts à déclarer? «Astellas est membre de notre association, indique Karin Kuhn, mais nous sommes neutres et non dépendants financièrement.» Le Dr Kellou affirme n’avoir aucun lien d’intérêts si ce n’est qu’il est rémunéré pour la tenue de la conférence. Selon un rapport de transparence publié par Astellas en 2015, ce médecin a perçu plus de 2000 francs de la part de la firme pour contribution à des frais d’événements, de service et conseils.

Sophie Simon

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