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Expert moi non plus (édito de La Lettre de l’AMGe de mai 2019)

L’expert est une personne qui, en plus de posséder une connaissance théorique d’un domaine délimité de savoir, a acquis une connaissance pratique, avancée et reconnue par ses pairs du domaine (Wikipédia). On peut donc s’attendre à de l’excellence et surtout de la compétence. Dans le domaine de la santé, les derniers mois et semaines nous ont offerts de beaux exemples de pseudo-experts autoproclamés ou adulés par nos dirigeants.

L’éditorial de La Lettre de l’AMGe de janvier-février 2019 intitulé: La claque a mis en évidence les carences du stratège d’Alain Berset, de Pierre-Yves Maillard et de Mauro Poggia, le Dr Yves Eggli, désavoué par le Tribunal administratif fédéral (TAF) concernant sa pseudo-expertise dans le cadre de la planification hospitalière dans le canton de Genève. Il a eu tout faux, en particulier dans son obsession d’imposer des quotas annuels ainsi qu’un budget global. Yves Eggli, collègue vaudois, fait partie du groupe d’experts qui a fourni un rapport contenant 38 solutions pour maîtriser les coûts de la santé dont 21 mesures prioritaires. Parmi celles-ci, on retrouve comme principal outil de pilotage l’instauration de plafonds contraignants pour l’augmentation des coûts de l’Assurance obligatoire des soins (mesure M37). En raison de l’évolution démographique, du progrès technique et du transfert de l’hospitalier vers l’ambulatoire, cette mesure 37 mène de fait à un rationnement des soins. Tout budget global sera combattu par un référendum mené par la FMH selon la décision de l’Assemblée des délégués de la FMH de mars 2017. Le combat démocratique contre une mesure délétère pour la population, si elle devait être imposée sous la coupole fédérale, est décidé.

L’Association suisse des sciences médicales (ASSM) vient de publier huit mesures pour retrouver le Nord. Ces propositions sont accompagnées d’un slogan: «Comme pour le climat: tout le monde sait, personne n’agit». En huitième mesure, on trouve: La Confédération fixe un plafond pour l’augmentation des dépenses de santé. CQFD. L’ASSM telle l’hydroponie ou culture hors-sol est malheureusement déconnectée de la réalité et des besoins en soins de la population. Imposer le rationnement des soins, sans le nommer, n’est pas acceptable. La ficelle est trop évidente et le lien direct entre l’ASSM et l’OFSP (Office fédéral de la santé publique) se confirme. Comment l’ASSM peut-elle reprendre à son compte une mesure qui a complètement failli à l’étranger en menant à une médecine qui impose aux patients fragiles, complexes et chroniques des délais d’attente augmentés et des soins de moins bonne qualité. L’ASSM n’est pas source de vérité et sa feuille de route aux accents fédéraux ressemble à une boussole déréglée et hors du temps.

A en perdre le Nord!

Le surveillant des prix, Stefan Meierhans, qui avait été épinglé par le TAF dans la procédure concernant la valeur du point tarifaire genevois, fait partie des 14 experts d’Alain Berset. Dans le courrier des lecteurs du Bulletin des médecins suisses (BMS 2019; 100 (15): 545-546), notre collègue Rudolphe Mayer de Pully rapporte que lors d’une conférence publique en septembre dernier, M. Meierhans a montré des exemples erronés d’interventions chirurgicales qui devraient être revues à la baisse. Il s’est, comme avant lui Alain Berset lors de sa conférence de presse nationale en mars 2017, complètement fourvoyé dans ses exemples. La rigueur et le bien-être de la population ne semblent pas être des priorités absolues sous la Coupole.

Nous sommes début mai 2019 et le site de l’OFSP indique dans son relevé MOKKE une hausse des coûts pour 2018 en Suisse, mais également sur Genève, de 0,2%. Il n’y a pas eu d’augmentation massive des coûts en 2018. Il est évident que les primes d’assurance-maladie devront être stables, c’est à dire qu’aucune augmentation des primes ne pourra être réclamée à la population en automne 2019 considérant l’énorme pactole des réserves, plusieurs milliards, que les caisses d’assurance-maladie possèdent.

A moins que des experts ne nous prouvent que le Nord est au Sud …

Dr Michel Matter
Président de l’AMGe