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L’hygiène des mains bute encore sur le vernis à ongles

  Vendredi 3 Mai, 2019

Cela fait dix ans qu’une journée mondiale promeut la friction avec une solution hydroalcoolique. État des lieux

D’habitude, c’est le 5 mai, comme les cinq doigts de la main. Cette année, cela tombe un dimanche. Alors la Journée mondiale de l’hygiène des mains, lancée pour la première fois par l’Organisation mondiale de la santé en 2009, s’est tenue jeudi aux Hôpitaux universitaires de Genève (lire ci-dessous). Pour ce 10e anniversaire, le professeur Didier Pittet, connu pour avoir sans doute sauvé des millions de vies grâce à sa lutte contre les infections liées aux soins, raconte le chemin parcouru.

Comment est née cette journée mondiale?

On était déjà dans une campagne sur les infections liées aux soins aux HUG depuis 1995. En 2009, avec l’Organisation mondiale de la santé, on a lancé une journée mondiale. J’ai dit à l’ancien directeur, Bernard Gruson, qu’on voulait faire une danse de l’hygiène des mains. On a trouvé une troupe professionnelle basée à Annemasse. La vidéo a été vue des centaines de milliers de fois et la danse a été copiée dans le monde entier.

Dix ans après, les résultats sont-ils à la hauteur?

Entre 1992 et 1994, le taux d’infections liées aux soins aux HUG était de 15 à 18%. On a introduit cette stratégie de changement de comportement de l’hygiène des mains des soignants. Aujourd’hui, ce taux est entre 5 et 6%. Pour un hôpital universitaire avec des patients qui souffrent de maladies très sévères et donc un risque infectieux très élevé, c’est bien. Le seuil incompressible, personne ne le connaît. Notre taux de résistance aux antibiotiques est aussi extrêmement faible.

Rappelez-nous en quoi a consisté votre stratégie.

Elle repose sur plusieurs éléments pour changer le comportement humain. Le premier, c’est l’alcool au lieu du savon, qui doit être disponible sur le lieu de soins. Se laver les mains à chaque moment opportun est totalement impossible, cela prend trop de temps. Avec la friction hydroalcoolique, quinze secondes suffisent. Ensuite, on a déterminé cinq moments stratégiques pour la désinfection des mains et des étapes à respecter pour la friction. On mesure, à intervalles réguliers, la manière dont ces règles sont observées et on diffuse ces mesures.

Vous avez aussi utilisé des rappels sur les lieux de travail.

Oui, on a affiché des posters du dessinateur Pécub aux murs de l’hôpital, dans les services. Ça a marché magnifiquement bien, personne ne pouvait les éviter.

Vous venez de réaliser un clip avec une chanson qui ne donne aucun conseil pratique. Est-ce vraiment utile? Vous vous êtes fait plaisir…

Chaque année, on a un thème différent. En 2019, c’est la santé pour tous. Cela commence par des soins propres et sûrs, on a décidé d’en faire une chanson car on s’est dit que c’était novateur. La chanteuse est une collaboratrice, Alexandra, et l’un des chanteurs est mon fils, Virgile. On a déjà plus de 10 000 vues sur YouTube et sept ou huit demandes de traduction.

Quels sont encore les pays ou les institutions réfractaires à votre modèle?

Sur 194 États membres de l’ONU, nous sommes dans 189 pays. Au moins un hôpital dans ces pays a adhéré à la campagne. Le Vatican n’a pas encore adhéré, et pourtant le pape François ne visite pas un malade sans se frictionner les mains.

Connaît-on les raisons de ces abonnés absents?

On n’a jamais envoyé un message formel à tous les ministres de la Santé pour qu’ils s’assurent que tous les hôpitaux adhèrent. Notre idée, c’est de les faire venir quand ils ont envie plutôt que de les forcer. On a toujours utilisé des stratégies de promotion mobilisatrices plutôt que contraignantes.

La Ligue islamique mondiale a fini par proclamer une de vos formules compatible avec le Coran. Reste-t-il d’autres poches de résistance aujourd’hui?

Toujours. Il reste des détails importants à régler, comme le vernis des infirmières. Selon leur qualité, l’alcool fonctionne moins bien. Alors on fait des recherches pour comprendre quels vernis on peut tolérer.

Sophie Simon @SophieSimonTDG

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