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Les Suisses souffrent de stress, mais ils se soignent en marchant

  Mardi 7 Mai, 2019

Pour se ressourcer, on aime partir en randonnée, montre un sondage comparatif. Le téléphone reste toujours à portée de main

Entre un Français, un Britannique et un Suisse, lequel est le plus souvent stressé? Si vous avez choisi local, vous avez vu juste. L’institut Sotomo, mandaté par Suisse Tourisme, a interrogé 5340 personnes dans notre pays, aux Pays-Bas, en Allemagne, en France et au Royaume-Uni sur leur rapport à la nature «dans une société toujours plus compétitive». Conclusion de ce sondage, dévoilé lundi: c’est en Suisse qu’on dit être le plus sujet à la pression, ex æquo avec l’Allemagne. Mais c’est ici aussi qu’on dit le moins ressentir les effets du stress sur la santé. Explications.

Pourquoi est-on si stressé?

Notre «société numérique tournée vers la performance» est pointée du doigt. Les Suisses évoquent comme première source de stress les exigences du monde du travail (75%), suivi du fait de devoir toujours être joignable (64%) ou encore de celui de devoir maîtriser des technologies qui se renouvellent sans cesse (53%). Plus de la moitié des sondés (53%) affirment cependant ne pas avoir l’impression que le stress altère leur santé. Cela s’explique notamment par le fait qu’en Suisse on se rend fréquemment en pleine nature, souligne l’étude.

La nature oui, mais pas trop

Les forêts, lacs et montagnes jouent un rôle primordial dans la recherche de détente en Suisse, comme dans les autres pays sondés. Mais la connexion avec dame Nature n’est nulle part aussi forte qu’ici. Près de trois Suisses sur quatre citent la nature comme environnement le plus propice, à leurs yeux, pour se ressourcer. Se reposer chez soi arrive en deuxième position. Si le Suisse cherche le grand air pour se régénérer, il ne veut pas (trop) sacrifier à son confort. Seule une minorité des personnes interrogées apprécie l’idée de passer la nuit sous une tente ou à la belle étoile. La douche, l’eau chaude et un lit confortable sont les éléments qui viendraient le plus vite à manquer.

La randonnée, sans pression

S’agissant des activités les plus aptes à «contrebalancer la pression exercée par une société toujours plus compétitive et digitalisée», les personnes interrogées citent la lecture, la musique ou un ordinateur (voir l’infographie). Mais aussi – à rang égal – la randonnée. Un moyen de fuir les impératifs de performance: une majorité de randonneurs ne se fixent pas d’objectifs lorsqu’ils partent faire une marche. Les Suisses sont par ailleurs les «champions incontestables de la randonnée dans le nord-ouest de l’Europe», souligne Michael Hermann, directeur de l’institut Sotomo. La Suisse compte plus de randonneurs actifs que les autres pays sondés, et ceux-ci marchent plus longtemps et parcourent des trajets avec un dénivelé plus important.

Désintoxication numérique

L’omniprésence du smartphone est une source majeure de stress. En Suisse, un tiers des personnes interrogées expriment le désir occasionnel de ne pas être joignables. Nombre d’entre elles éteignent leur téléphone portable lorsqu’elles font une randonnée, voire ne l’emmènent pas du tout. Se rendre dans la nature constitue ainsi une forme de «désintoxication numérique», remarque l’étude. Il n’empêche, il reste difficile pour la majorité de se passer de ce contact avec le reste du monde: pour la plupart des sondés, le téléphone portable reste dans la poche lors d’une sortie dans la nature, pour prendre des photos, s’orienter ou pour des urgences.

L’avis du spécialiste

Médecin associé et médecin du travail au Département de santé au travail et environnement d’Unisanté, à Lausanne, Victor Dorribo souligne la portée «observationnelle» du sondage: pas possible d’en tirer des liens de causalité. Il n’est cependant pas surpris par le choix de la randonnée pour gérer son stress. «C’est une activité physique facile d’accès qui permet de se reconnecter à son corps.» Mais le moyen choisi variera en fonction des goûts et possibilités de chacun, rappelle-t-il. «L’important, c’est de pouvoir se déconnecter au travers d’une activité qui procure du plaisir. Il n’y a pas que la randonnée, même si l’on comprend bien qu’ici Suisse Tourisme veut promouvoir les sentiers pédestres et ses offres de loisirs et d’activités en plein air.» Lundi, en même temps qu’il publiait l’étude, l’organisme de promotion annonçait le lancement de sa campagne d’été, centrée sur la marche en plein air. Près de deux tiers des hôtes séjournant en Suisse font de la randonnée pédestre.

Gabriel Sassoon Zurich

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