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Pour les primes maladie, notre pouvoir est faible

  Jeudi 23 Mai, 2019

Ce jeudi, tous les Cantons suisses célèbrent les 100 ans de la Conférence des directeurs de la santé à Bâle

En 1919, au Rathaus de la cité rhénane, la majorité des conseillers d’État en charge de la Santé se constitue en conférence intercantonale. C’est que la Grande Guerre a posé quantité de problèmes aux Cantons. La plus importante épidémie de grippe de l’hiver a laissé des traces. Près d’un cinquième de la population a été touché et 24 500 personnes ont trouvé la mort. Le grand défi pour les Cantons est de trouver des solutions ensemble grâce à celle qui deviendra la Conférence des directeurs cantonaux de la santé (CDS). Un siècle a passé, les enjeux ont changé mais restent de taille. Le point avec le conseiller d’État genevois en charge de la Santé, Mauro Poggia, également membre du comité central de la CDS.

Pourquoi les Cantons se sont-ils unis?

On ne pouvait être efficace qu’à plusieurs. Aujourd’hui, notre système est multifacettes et les intérêts sont plus sectoriels en fonction de l’acteur du domaine de la santé auquel on s’adresse. Le discours du médecin n’est pas celui de l’assureur, du physiothérapeute ou de l’infirmier. Si les Cantons ne s’unissent pas pour répondre de manière uniforme, là où se prennent les grandes décisions politiques, ce sont d’autres intérêts qui prédomineront. Il y a la réalité des lobbies. Leurs intérêts ne sont pas souvent conformes à ceux des Cantons. Malheureusement, nous avons l’obligation de payer tout ce que les autres ne paient pas. Il faut trouver un juste équilibre. Il faut œuvrer à un meilleur contrôle de la qualité à un coût supportable pour la population, en termes de primes et de subventions. Il n’est pas toujours évident de trouver des consensus.

Quelles ont été les avancées en un siècle?

Pour toute la population, nous avons réussi à apporter une qualité de soins se basant sur la solidarité et la mutualisation des risques. Nous pouvons nous en enorgueillir. Le grand défi est de maintenir cette avancée. Nous sommes en haut de la courbe et il ne faudrait pas redescendre pour des raisons économiques. Le principe de solidarité, politiquement, est parfois ébranlé. De plus en plus de personnes pensent à l’auto-assurance. Ou à réduire l’assurance de base, celle qui offre la garantie de ne pas mourir.

«Complexe et coûteux», ça résume bien le système de santé suisse?

Il est complexe, souvent opaque, et coûteux parce que complexe et opaque. La non-transparence de l’activité médicale ne permet pas de mettre en avant les bonnes pratiques, ce que fait la majorité des médecins consciencieux. Il faut plus de transparence. Ce sont les seuls assureurs qui détiennent ces données. Les Cantons ne les ont pas et devraient les avoir. Un autre défi, à mon sens, est de renforcer la promotion de la santé et la prévention des maladies. Les sommes investies sont dérisoires.

Quel est le pouvoir de la CDS contre la hausse des primes maladie, l’une des préoccupations majeures des Suisses?

Il est faible, il faut le dire et le regretter. Les Romands sont plus agressifs que les Alémaniques. On le voit souvent dans les votations. Nous venons d’écrire à la Confédération pour nous plaindre de l’absence de transparence sur la fixation des primes. La CDS se plaint mais le pouvoir est extrêmement limité. Sur les potentielles modifications de la LAMal, nous sommes mieux entendus, même si parfois nous avons l’impression que les jeux sont déjà faits.

En 2019, quelles sont les priorités de la CDS?

Mettre en place les critères de contrôle de qualité des soins pour maintenir la hausse des coûts et accompagner les réformes en cours pour la médecine hautement spécialisée sur certains sites hospitaliers. Les gens veulent encore trop souvent être opérés près de chez eux. Même entre Genève et Vaud, des synergies doivent davantage être mises en place. Par ailleurs, le défi principal, c’est un instrument de régulation efficace. Cela manque cruellement aux Cantons. Nous devrions pouvoir contrôler l’installation de nouveaux cabinets selon les besoins et obtenir suffisamment d’informations quant aux coûts générés par nos populations. Dans le système actuel, c’est, à peu de chose près, «après moi le déluge». Si on veut préserver un système libéral, il faut passer par une régulation du nombre et de la qualité.

Sébastien Jubin

 

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