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Le boom du vaccin antitiques met à mal sa distribution

  Jeudi 6 Juin, 2019

Le vaccin contre l’encéphalite à tiques est conseillé dans presque toute la Suisse. Du coup, l’offre est mise sous pression

Sonia s’est présentée en début de semaine dans une pharmacie lausannoise avec une ordonnance pour le vaccin contre l’encéphalite à tiques (FSME). Cette sportive suit ainsi les recommandations officielles: pour ceux qui pratiquent des activités en plein air, cette piqûre est conseillée dans tout le pays sauf dans les cantons de Genève et du Tessin. Malheureusement, Sonia est repartie les mains vides. Sa pharmacienne lui a répondu que le vaccin n’était pas disponible pour l’instant.
Que s’est-il passé? «Deux vaccins contre la FSME sont sur le marché, explique mercredi matin Céline de Botton, membre de PharmaGenève. Pour les enfants, il n’y a aucun souci. Pour les adultes, c’est plus compliqué. Chez notre grossiste, seul un produit peut être livré, et uniquement par boîtes de dix.» Elle ajoute que, pour de petites pharmacies indépendantes, un tel achat est risqué puisqu’il faudra écouler toutes les doses pour ne pas perdre son investissement.

Contingentement partiel

L’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays a eu connaissance de difficultés avec les emballages individuels. «On nous a informés qu’il y avait peu de vaccins disponibles dans certaines pharmacies ou certains cabinets médicaux», confirme Monika Schäublin, suppléante du chef du secrétariat produits thérapeutiques. Elle précise qu’un des deux producteurs était en rupture de stock en avril. «L’autre société a été mise sous pression et pour éviter la pénurie, les livraisons ont été soumises à un contingentement partiel. Toutefois, le pack de dix est toujours disponible et peut compenser cette situation. Dans ces conditions, il n’y a pas de rupture d’approvisionnement selon la définition en vigueur.»
Le vaccin contre l’encéphalite à tiques est en quelque sorte victime de son succès. Dans sa pharmacie Metro Ouchy à Lausanne, Christophe Berger en a par exemple vendu 45 durant ces premiers mois de 2019, contre onze pour toute l’année 2018. Le mois dernier, les entreprises pharmaceutiques Glaxo­SmithKline et Pfizer ont annoncé que la demande était en forte hausse, aussi bien chez les médecins que chez les pharmaciens. Contacté mercredi, Pfizer répond qu’il n’y a actuellement pas de goulet d’étranglement au niveau de la livraison de son produit. GSK n’a pas répondu à notre message.
La raison de l’engouement des patients? En février, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a actualisé les zones à risque dans lesquelles cette vaccination est recommandée. Désormais, elles s’étendent à tout le pays, sauf le Tessin et Genève. Ces nouveaux conseils ont été accompagnés d’une couverture médiatique importante. Alessandro Diana, pédiatre genevois et membre de la Commission fédérale pour les vaccinations, salue en outre le travail «exemplaire» des pharmaciens, qui ont informé la population.

Pas de traitement

«Les gens ont pris conscience du risque que représente cette maladie, dont le nombre de cas est en augmentation», ajoute le Genevois. Il n’existe pas de traitement contre la FSME et une extraction rapide de la tique ne permet pas d’éviter une éventuelle infection. Parfois, le virus passe inaperçu. Mais à l’autre extrême, la maladie peut atteindre le système nerveux central et entraîner de graves complications (paralysies des bras, des jambes ou des nerfs du visage). Dans certains cas, elle peut même être fatale.

La situation se détend

Où en est la distribution? Selon Christophe Berger, également président du comité de la Société vaudoise de pharmacie, la situation varie d’une pharmacie et d’un grossiste à l’autre. «Pour ma part, j’avais assez de stock et j’ai encore pu vacciner une personne ce mercredi matin. Surtout, mon fournisseur m’a dit que tout rentrerait dans l’ordre la semaine prochaine.» Ce mercredi après-midi, les pharmacies que nous avons contactées à Lausanne vendaient le produit. «Il y a eu des difficultés durant une certaine période car tout le monde en demandait, mais nous en avons à nouveau reçu», commente une apothicaire. Une autre ajoute que, depuis quelques mois, l’une ou l’autre marque manque par périodes.
«Nous avons la chance d’avoir deux vaccins interchangeables, conclut Alessandro Diana. Il s’agit plutôt d’un problème de distribution.» En général, cet expert intervient dans les médias pour encourager les gens à se vacciner. Cette fois, le public répond présent. «En soi, c’est une bonne nouvelle que les gens veuillent se protéger!» se réjouit encore Alessandro Diana.

Caroline Zuercher

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