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L’éditorial du 25 juin 2019

  Mardi 25 Juin, 2019

Une rente de situation dépassée

C’est une injustice que peu de gens connaissent. Elle est pourtant au cœur du sévère conflit qui oppose aujourd’hui psychologues et psychiatres en Suisse. Aussi bien formés ou expérimentés qu’ils soient, les premiers sont pieds et poings liés face aux seconds. Parce qu’ils sont médecins, les psychiatres sont en effet les seuls à pouvoir faire rembourser leurs soins par l’assurance maladie de base. Ce qui leur confère un ascendant exorbitant sur les psychologues, surtout lorsqu’ils sont employés d’un cabinet dirigé par des psychiatres dans le modèle dit «de délégation».
Conçu pour garantir la qualité des soins et limiter les coûts, ce système a gravement dérapé, si l’on en croit les témoignages que nous avons recueillis auprès d’une dizaine de psychologues alémaniques et romands. Leurs récits sont à la fois unanimes et accablants. Tous décrivent avoir dû enchaîner les consultations pour faire du chiffre et enrichir des employeurs arrogants, parfois inhumains. Assis sur la rente de situation que leur confère l’accès aux assurances, certains psychiatres se contentent parfois d’encaisser leur part d’honoraires sans exercer la supervision médicale minimale que la loi exige d’eux.
Dans le bras de fer qu’ils mènent pour s’émanciper, les psychologues souffrent encore de leur image de doux rêveurs en sandalettes. Leur formation est pourtant devenue beaucoup plus sélective ces dernières années. Il faut cinq ans au minimum pour devenir psychologue-psychothérapeute – ce qui fait que ceux-ci sont bien souvent plus qualifiés que les psychiatres.
Cela ne signifie pas qu’il faille ouvrir les portes de l’assurance de base à n’importe qui. Mais on rembourse bien l’acupuncture ou l’homéopathie – alors pourquoi pas une psychothérapie? En autorisant d’autres types de médecins (pédiatres, médecins de famille, etc.) à orienter leurs patients vers un psychothérapeute, le Conseil fédéral peut briser le lien de dépendance malsain qui soumet les psychologues aux psychiatres. Il mettrait ainsi fin à une injustice qui n’a que trop duré.

Sylvain Besson Cellule enquête

 

 

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